Planète
Le charbon australien bat des records juste avant que Canberra ne prenne les rênes du climat
Les mines australiennes tournent à plein régime et les exportations s’envolent, portées par une demande asiatique relancée. Dans quelques semaines, le…


Les mines australiennes tournent à plein régime et les exportations s’envolent, portées par une demande asiatique relancée. Dans quelques semaines, le même gouvernement présidera pourtant les négociations mondiales sur le climat.
Le contraste est difficile à ignorer. D’un côté, des exploitations qui s’agrandissent, des volumes exportés qui grimpent et une filière qui pèse lourd dans l’économie du pays. De l’autre, un gouvernement qui s’apprête à prendre la tête des discussions internationales sur le climat et promet d’accélérer la transition énergétique.
Ce moment arrive vite. En novembre, l’Australie présidera la COP31 et Canberra y défendra le développement des énergies renouvelables. La demande mondiale de charbon devrait pourtant progresser de 1,2 % en 2026 pour atteindre 8,94 milliards de tonnes, un niveau jamais atteint, d’après les projections de l’Agence internationale de l’énergie. De quoi profiter en premier lieu au deuxième exportateur de la planète. La raison tient en partie à la géopolitique. Le blocage du détroit d’Ormuz, par où transite d’ordinaire un cinquième de la production mondiale d’hydrocarbures, pousse plusieurs pays asiatiques à sécuriser leurs approvisionnements autrement. « Les pays priorisent la sécurité énergétique » au détriment de leurs objectifs de décarbonation, résume Emi Gui, membre du Conseil des ingénieurs pour la transition énergétique, une instance soutenue par l’ONU.
La justice, elle, vient de changer la donne. La plus haute instance judiciaire du pays s’est prononcée contre un vaste projet d’extension de mine de charbon, une première. Le principe est désormais posé. L’examen d’un projet lié aux énergies fossiles devra intégrer ses conséquences sur le climat. Les défenseurs de l’environnement y voient un levier, eux qui rappellent que le charbon reste l’une des principales sources d’émissions de gaz à effet de serre.
En Nouvelle-Galles du Sud, les autorités de planification ont pourtant validé la prolongation de dix-neuf ans d’une autre exploitation du bassin de Hunter Valley, au nord de Sydney. Les mêmes instances avaient donné leur feu vert au projet Mount Pleasant, finalement retoqué. Cette prolongation devrait générer 809 millions de tonnes d’émissions, dont 98 % à l’étranger, là où le charbon sera brûlé. « Les effets néfastes du changement climatique ne s’arrêtent pas aux frontières, pas plus que la responsabilité qui en découle », souligne Greg Mullins, ancien responsable des pompiers locaux devenu militant pour le climat.
Les chiffres disent le poids de la filière. Les exportations australiennes de charbon thermique ont atteint 213 millions de tonnes en 2025-2026, huit millions de plus qu’un an auparavant. Le secteur fait vivre 782 000 emplois directs et indirects et pèse plus de 9 % du PIB du pays. L’État compte 37 mines de charbon et interdit toute nouvelle ouverture, tout en laissant les sites existants s’étendre. À Mudgee, au cœur de la Hunter Valley, Bev Smiles suit le dossier de près. Trois mines du secteur cherchent à s’agrandir, selon des documents officiels. Celle que Yancoal exploite à Moolarben menace une réserve naturelle. L’an dernier, le charbon de Nouvelle-Galles du Sud a rapporté 23,4 milliards de dollars australiens d’exportations, soit environ 14,5 milliards d’euros. Soutenue par des capitaux chinois, Yancoal a signé un record de production au premier semestre 2026, avec 19,8 millions de tonnes, en hausse de 4 %. Le groupe a déjà décroché une autorisation d’extension, assortie d’une condition, ne vendre qu’à des pays signataires de l’Accord de Paris.
Le gouvernement travailliste d’Anthony Albanese met en avant ses engagements. Chris Bowen, ministre de l’Énergie et du Changement climatique et président des négociations de la COP31, vise une baisse des émissions nationales de 62 à 70 % d’ici 2035 par rapport à 2005. Entre 2020 et 2025, 3,9 milliards de dollars australiens, soit 2,4 milliards d’euros, ont été débloqués pour la lutte contre le changement climatique. Pour le ministre, l’exposition à la volatilité des prix des combustibles fossiles et la fragilité des voies d’approvisionnement rendent la transition vers les renouvelables, le stockage et l’électrification encore plus urgente.
Reste à savoir si la décision de la plus haute juridiction suffira à freiner les projets en cours. Les militants l’espèrent. Bev Smiles, elle, se montre plus prudente. « Le secteur ne va pas ralentir », craint-elle, alors que les effets du réchauffement climatique se font déjà sentir autour d’elle.
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