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Vieillir entourée d’enfants et de jeunes, le pari gagnant de Michèle

Dans une résidence d’Arcueil, retraités, familles et jeunes actifs vivent sous le même toit. Un modèle que le gouvernement veut étendre pour casser…

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Vieillir entourée d’enfants et de jeunes, le pari gagnant de Michèle

Dans une résidence d’Arcueil, retraités, familles et jeunes actifs vivent sous le même toit. Un modèle que le gouvernement veut étendre pour casser l’isolement des seniors.

À la Maison d’Aspasie, la table commune est le lieu de rendez-vous des générations. Michèle, 80 ans, y colorie des cartes avec Dateau, 72 ans, Fanta et son frère Abdela, 12 et 7 ans. Pendant ce temps, d’autres habitants s’installent pour une partie de Triominos et les rires traversent la salle. Dans cet immeuble du Val-de-Marne ouvert début 2023, ils sont 37 à vivre ensemble, âgés de 2 à 82 ans. « Les gamins, c’est la vie », sourit Michèle, retraitée de l’Aide sociale à l’enfance. La vieillesse lui fait peur, dit-elle, et elle ne supportait pas l’idée de finir dans un lieu réservé aux personnes âgées. « Avec des jeunes, on se sent jeune », confie-t-elle.

La résidence, gérée par Habitat et Humanisme, propose 22 logements à tarif social. Ils sont destinés, sous conditions de ressources, à des jeunes en insertion, à des familles avec enfants et à des seniors engagés dans un dispositif d’habitat inclusif. Chacun promet de participer à la vie commune, sans obligation de se joindre à toutes les activités, qu’il s’agisse de sorties au cinéma ou de visites à Paris. Hanane, 44 ans, vit ici avec son mari et leurs trois enfants. Elle voit ses enfants devenir plus sociables au contact des autres résidents. Il n’y a pas de lien de sang, mais elle décrit la maison comme un lien familial. Les tensions de voisinage existent, mais elles se règlent entre habitants et ne durent jamais longtemps.

Ce type de cohabitation ne relève pas de l’anecdote. À la fin 2025, les données de la Caisse nationale de solidarité pour l’autonomie faisaient état de près de 275 000 personnes concernées par l’habitat partagé, dont environ 13 000 résidences intergénérationnelles. Le gouvernement veut amplifier ce mouvement. Un rapport préconise de doubler le parc d’habitat partagé d’ici 2040, alors qu’un quart des Français aura franchi le cap des 60 ans dès 2030. La cohabitation entre générations, pratiquée depuis 2004 et encadrée par la loi Élan depuis 2018, s’étend aussi au-delà des résidences. Des particuliers ouvrent leur porte.

À Montreuil, Fanny, 86 ans, partage sa maison avec Rania, 22 ans, étudiante en informatique. Le Pari solidaire les a mises en relation, un dispositif dans lequel un senior accueille un moins de 30 ans dans une chambre meublée pour un loyer compris entre 0 et 400 euros par mois. Depuis 2024, elles vivent presque en famille. Repas, sorties, conseils, discussions en italien et même vacances ensemble en Italie ont créé une vraie complicité. Rania aurait l’impression de vivre avec sa grand-mère, Fanny dit recevoir de la jeunesse et de la nouveauté. « Il n’est pas drôle de vieillir seule », résume l’octogénaire. Le besoin est réel puisque 750 000 personnes âgées sont considérées en situation de mort sociale selon le dernier baromètre des Petits frères des pauvres. Fanny, elle, préfère sourire. « Tant qu’il y a du monde, ça va, je me sens bien », lance-t-elle en faisant défiler les photos de l’été.

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