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Un géant questionnaire pour briser le silence des enfants

Des millions d’élèves vont être confrontés à des questions sur les violences sexuelles dès novembre. Un dispositif inédit qui promet de révéler l’ampleur…

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Un géant questionnaire pour briser le silence des enfants

Des millions d’élèves vont être confrontés à des questions sur les violences sexuelles dès novembre. Un dispositif inédit qui promet de révéler l’ampleur du phénomène, mais qui doit s’accompagner de garde-fous solides.

Le ministre de l’Éducation avance un chiffre lourd. Un enfant sur dix est victime de violences sexuelles en France. Pour la première fois, l’école va systématiquement poser la question. Le questionnaire annuel sur le harcèlement sera élargi avec des rubriques consacrées aux violences sexistes et sexuelles. De la grande section de maternelle à la terminale, près de dix millions d’élèves sont attendus au rendez-vous. Selon le ministre, les réponses pourraient être sismiques. Il s’attend à des révélations massives, car la parole se libère rarement à la maison. Les agresseurs utilisent des manipulations pour faire taire leurs victimes. Des phrases assassines comme « c’est un secret entre nous » ou « tous les papas font cela » enferment l’enfant dans le silence. Une médecin spécialiste du viol rappelle que poser la question depuis un cadre neutre est essentiel. Quand l’école interroge, l’enfant comprend qu’il a le droit de répondre.

Cette initiative était réclamée par de nombreux acteurs. La commission indépendante sur l’inceste en avait fait une priorité. Les associations et les syndicats de l’éducation saluent une avancée majeure. Pour la première fois, des données fiables pourront être récoltées chaque année sur un échantillon inédit. Le questionnaire permettra de mesurer l’ampleur réelle des violences, de sensibiliser les familles et de repérer des victimes qui ne trouvent pas d’autre issue. Mais personne ne se fait d’illusion. Un tel outil ne vaut que si la machine est bien huilée. Or, de nombreuses zones d’ombre inquiètent. Comment poser les questions à un enfant de 5 ans qui ne sait ni lire ni écrire ? Le ministre a suggéré des smileys et des émoticônes. Les professionnels, eux, rappellent que recueillir la parole d’un tout-petit est un vrai métier. Il faut des oreilles formées, capables d’écouter sans influencer. Les infirmiers scolaires, déjà surchargés, couvrent parfois dix établissements. Leur syndicat dénonce un manque cruel de préparation.

Que faire ensuite des réponses ? C’est la question qui fâche. Les questionnaires seront anonymes, mais les enfants pourront laisser leur nom s’ils veulent rencontrer un adulte de confiance. Reste à savoir qui lira ces papiers, qui déclenchera les signalements, et qui protégera l’enfant. Un professeur s’interroge sur ce qu’on doit faire d’une feuille anonyme qui décrit des faits graves. On ne peut pas simplement l’ignorer. Un problème moral et légal se pose. Les réponses doivent être adaptées aux situations. Un enfant qui évoque un exhibitionniste peut être écouté en classe. Mais si l’inceste est évoqué, les adultes doivent saisir le procureur. Les spécialistes mettent en garde contre un effet boomerang. Si les enfants parlent sans être pris au sérieux, ils seront encore plus meurtris. Le risque est de passer à côté de certains faits faute d’une réflexion rapide sur les suites données.

Une autre inquiétude plane sur la justice et la police. Elles sont déjà saturées. Après le meurtre d’une collégienne dans le Gers, un audit a été demandé sur les plaintes pour violences sexuelles sur mineurs. Il a dénombré plus de 85 000 dossiers en attente. Le constat est accablant. Des plaintes jamais transmises, des enquêtes perdues, des effectifs en nombre insuffisant. Ajouter dix millions de questionnaires à ce tableau pourrait transformer une bonne intention en naufrage. Pourtant, l’idée de faire sortir la violence de l’ombre est juste. Elle doit simplement être suivie d’actions concrètes pour que chaque parole recueillie soit une porte ouverte vers la protection, et non une case de plus sur une liste déjà trop longue.

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