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Le roi Harald V s’est éteint à 89 ans, la Norvège perd son roc

Figure rassembleuse pendant plus de trois décennies, il a traversé les drames nationaux et les scandales familiaux sans jamais renoncer au trône. Retour…

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Le roi Harald V s'est éteint à 89 ans, la Norvège perd son roc

Figure rassembleuse pendant plus de trois décennies, il a traversé les drames nationaux et les scandales familiaux sans jamais renoncer au trône. Retour sur un monarque pas comme les autres.

Harald V n’était pas un roi comme les autres. Monté sur le trône en 1991, il incarnait une certaine idée de la Norvège, ouverte, tolérante et solide. Son décès, survenu après une nouvelle hospitalisation en août à Oslo pour des complications liées à son traitement contre une maladie du sang, laisse un vide immense dans un pays qui voyait en lui une figure stable, presque immuable. Même affaibli, il refusait catégoriquement l’idée d’abdiquer, estimant que son serment devant le Parlement valait jusqu’à son dernier souffle.

Son règne a été marqué par des moments où il a su trouver les mots justes pour apaiser la nation. Après le massacre perpétré par Anders Behring Breivik en 2011, qui avait coûté la vie à 77 personnes, le roi, visiblement bouleversé, avait lancé une formule devenue célèbre dans tout le pays. « La liberté est plus forte que la peur », avait-il martelé, réaffirmant sa foi en une société norvégienne ouverte et démocratique. Cinq ans plus tard, dans un discours pour ses 25 ans de règne, il avait une nouvelle fois fait vibrer ses concitoyens en célébrant la diversité, affirmant que les Norvégiens pouvaient aimer qui ils voulaient et croire en ce qu’ils voulaient, de Dieu à l’univers en passant par rien du tout.

Passionné de voile, représentant son pays à trois reprises aux Jeux olympiques, Harald n’a jamais cessé de se battre contre la maladie. Opéré d’un cancer de la vessie puis du cœur, il avait fini par dépendre d’un stimulateur cardiaque et multipliait les séjours à l’hôpital. Mais sa détermination restait intacte. Les dernières années de son règne ont pourtant été assombries par des scandales qui ont ébranlé l’image de la monarchie. Le mariage controversé de sa fille aînée Märtha-Louise avec un chaman américain, les liens révélés entre sa belle-fille Mette-Marit et le criminel sexuel Jeffrey Epstein, et surtout la condamnation de son beau-fils Marius Borg Høiby à quatre ans de prison pour violences et viols ont durablement terni la réputation de la famille royale.

Face à ces tempêtes, le roi est resté d’un calme remarquable, refusant de commenter publiquement les affaires de ses proches. Dans son discours du Nouvel An 2025, il avait simplement rappelé que l’adversité fait partie de la condition humaine et que personne n’y échappe. Une philosophie qui en disait long sur sa manière de régner. Lui-même avait connu les obstacles, lui qui avait dû attendre neuf ans avant de pouvoir épouser la roturière Sonja Haraldsen, contre l’avis de son père et d’une partie de la classe politique. En laissant ses enfants choisir librement leurs conjoints, il avait ouvert la porte à une modernité dont la monarchie norvégienne paie aujourd’hui le prix. Malgré tout, le souverain restait très populaire, et sa disparition marque la fin d’une époque où la couronne savait encore incarner l’unité d’un peuple.

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