Planète
Ces coraux vieux de mille ans racontent un El Niño qui s’emballe
Une enquête menée sur des squelettes de coraux du Pacifique remonte le temps jusqu’à l’an 1000. Elle montre que les cycles d’El Niño se sont amplifiés…


Une enquête menée sur des squelettes de coraux du Pacifique remonte le temps jusqu’à l’an 1000. Elle montre que les cycles d’El Niño se sont amplifiés avec le réchauffement climatique et que le pire est peut-être devant nous.
C’est une plongée dans le passé qui éclaire le présent. Des scientifiques ont prélevé de minuscules échantillons dans des coraux des Galápagos, un archipel situé au beau milieu de la zone où El Niño prend naissance. Comme ces animaux grandissent d’un ou deux centimètres par an, leur squelette conserve une trace discrète des conditions de l’eau. En lisant cette mémoire géochimique, les chercheurs ont reconstitué mille ans de fluctuations climatiques.
Le résultat paraît aujourd’hui dans une grande revue scientifique. Pendant la période préindustrielle, entre l’an 1000 et 1850, les variations liées au cycle ENSO restaient plutôt modérées. À partir de la fin du XIXe siècle, tout s’accélère. Et surtout au cours des quarante dernières années, où l’on observe une amplification frappante. En comparant ces données à des modèles simulant le climat sans activité humaine, les scientifiques montrent que cette hausse ne peut pas s’expliquer par les seules causes naturelles.
Ce renforcement est directement lié au réchauffement provoqué par l’utilisation des énergies fossiles. C’est un changement de cap majeur dans le débat scientifique. On savait déjà que les effets météorologiques d’El Niño s’ajoutent à ceux du changement climatique. Mais on ne savait pas si le réchauffement planétaire amplifiait lui-même le cycle. C’est désormais chose faite.
Les conséquences ne sont pas théoriques. L’épisode El Niño en cours se renforce déjà dans le Pacifique équatorial, avec un pic attendu vers la fin de l’année. Les météorologues redoutent qu’il devienne le plus puissant jamais observé et qu’il fasse de 2027 une année record de chaleur. L’Amérique centrale subit une sécheresse sévère, l’Indonésie affronte de violents incendies de forêt.
El Niño est une source majeure d’extrêmes climatiques. En s’intensifiant, il aggrave les inondations ici, la sécheresse et les vagues de chaleur là-bas. Les chercheurs parlent d’implications immenses pour les populations. C’est aussi un signal d’alarme pour accélérer la sortie des combustibles fossiles.
Une précision sur les chiffres. La variabilité du cycle est aujourd’hui environ 36% plus élevée dans l’est du Pacifique équatorial qu’à l’époque préindustrielle. Cela ne veut pas dire que chaque épisode El Niño est 36% plus fort. La mesure porte sur l’ensemble du cycle, y compris la phase froide La Niña. Mais elle montre une tendance claire.
Même si l’étude ne détaille pas le mécanisme physique exact, elle comble un vide important. Une scientifique compare les coraux à une machine à remonter le temps. Grâce à eux, on peut affirmer que l’impact du réchauffement sur El Niño est réel et qu’il se poursuit sous nos yeux.
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