Faits Divers
Ratko Mladic est mort et la Bosnie n’oublie rien
Le général serbe de Bosnie est décédé jeudi à La Haye, en prison pour génocide. Celui qui se rêvait en héros laisse derrière lui Srebrenica et Sarajevo.


Le général serbe de Bosnie est décédé jeudi à La Haye, en prison pour génocide. Celui qui se rêvait en héros laisse derrière lui Srebrenica et Sarajevo.
Condamné à la perpétuité, Ratko Mladic n’est jamais ressorti de prison. Il s’est éteint jeudi dans sa cellule de La Haye, après avoir été rattrapé par la justice internationale pour les crimes commis pendant la guerre de Bosnie. Cette guerre a fait 100 000 morts entre 1992 et 1995. Le nom de Mladic reste lié à deux images terribles. Le siège de Sarajevo, où plus de 10 000 civils ont été tués par les obus et les balles venus des collines. Et surtout Srebrenica, où environ 8 000 hommes et adolescents musulmans ont été massacrés en juillet 1995. Un génocide reconnu comme tel, la pire tuerie en Europe depuis la Deuxième Guerre mondiale.
À ses yeux, il était un soldat fidèle à son peuple. « Je suis le général Mladic. J’ai défendu mon pays et mon peuple », avait-il lancé lors de sa première comparution devant le tribunal de l’ONU. Une partie des Serbes de Bosnie partage encore cette vision. À Kalinovik, le village de sa naissance, une fresque géante le proclame héros. À Belgrade, des tags à son nom sont visibles sur des dizaines de murs. Pour ses partisans, il restait le défenseur des Serbes face à ceux qu’il appelait les « Turcs ».
Ce culte contraste avec ce que les juges ont établi. Pour la justice internationale, le général incarnait la quintessence du mal, pour reprendre l’expression d’un ancien haut responsable onusien. Il formait avec Slobodan Milosevic et Radovan Karadzic le trio qui a organisé l’épuration ethnique en Bosnie. Milosevic est mort détenu, Karadzic a été condamné à la réclusion à perpétuité. Mladic était leur bras armé. Lui, l’orphelin de guerre, devenu officier à 22 ans, a conduit ses troupes pendant les années les plus meurtrières du conflit.
Sa trajectoire personnelle est marquée par la mort de sa fille Ana, en 1994. Certains témoins estiment qu’il est devenu plus brutal après son suicide. Quelques mois plus tard, à Srebrenica, les images le montrent tour à tour paternel et martial. Il dit aux femmes de ne pas avoir peur, tapote la joue d’un enfant. Sur d’autres images, il célèbre « la revanche contre les Turcs ». Des contradictions qui racontent un homme capable de jouer les grands-pères tout en donnant des ordres meurtriers.
Après la guerre, Mladic a longtemps vécu au vu et au su de tous. À Belgrade, protégé, il taillait ses rosiers, allait à la boulangerie, dînait au restaurant. Puis Milosevic est tombé en 2000 et le général a plongé dans la clandestinité. Il aura fallu seize ans pour le retrouver. Le 26 mai 2011, il a été arrêté chez un cousin dans le nord de la Serbie, puis transféré à La Haye. Avant de partir, il avait demandé à se recueillir sur la tombe de sa fille. Il est mort en cellule, mais pour une partie des siens, il reste encore un héros. La Bosnie, elle, n’a pas oublié les victimes.
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