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Quand la mer avance, ces restaurants de plage n’ont plus le droit de rester

Sur le littoral méditerranéen, des restos de plage sont contraints de fermer à cause de la montée des eaux. Le trait de côte bouge, les autorités tirent…

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Quand la mer avance, ces restaurants de plage n'ont plus le droit de rester

Sur le littoral méditerranéen, des restos de plage sont contraints de fermer à cause de la montée des eaux. Le trait de côte bouge, les autorités tirent un trait sur des décennies de vie économique.

À Villeneuve-Loubet, entre Nice et Antibes, la mer ne se contente plus de lécher le sable. Dès qu’une tempête hivernale frappe, l’eau envahit la route et le sable se retrouve sur le bitume. Cette année, quatre restaurants installés sur la grande plage ont reçu un ordre de quitter les lieux dans les prochains mois. Mourad Bouzaiane, qui gère deux de ces établissements, accuse le coup. Il a investi 350.000 euros pour rénover l’un d’eux, dont 160.000 euros empruntés. Il y a une famille et des salariés derrière, et aucune indemnité à l’horizon, puisque la mer avance sur ses terres.

La raison de ce délogement s’appelle le domaine public maritime, cet espace qui appartient à l’État et qui gagne du terrain à mesure que l’érosion grignote la côte. En mars, la préfecture des Alpes-Maritimes en a révisé la limite, et cette ligne invisible entre terre et mer s’est déplacée. Un terrain privé peut alors basculer dans le domaine public sans que son propriétaire ou son exploitant reçoive un centime. L’érosion n’est pas un phénomène lointain, elle est déjà là, accélérée par la hausse du niveau de la mer et les tempêtes. Mais ceux qui ont investi dans ces murs ont du mal à avaler la pilule.

Plus à l’ouest, à La Ciotat, la même colère monte. Evelyne Lelieur et son mari ont acheté en 2010 des terrains où tournent plusieurs restaurants et snacks. Un an après leur intégration au domaine public maritime, elle refuse de rendre les clés tant que la justice n’a pas répondu aux recours déposés. Le nouveau tracé s’appuie notamment sur les tempêtes de l’automne 2023, qu’elle juge exceptionnelles et donc peu représentatives. La mairie de La Ciotat se retrouve entre deux feux. Un élu local reconnaît que l’État doit prendre des décisions face au climat, mais il voit bien que ces commerces font vivre le territoire et que les employés risquent de tout perdre.

Le conflit est aussi politique. Le maire de Villeneuve-Loubet, Lionnel Luca, dénonce une lecture trop brutale de la loi Climat et Résilience de 2021, qui ferait peser sur les communes des responsabilités sans leur donner les moyens d’agir. La préfecture, elle, répond que des aides financières existent pour accompagner les municipalités. Mais pour la députée Sophie Panonacle, qui préside le Comité national du trait de côte, cela ne suffit pas face à l’urgence. Elle milite pour un fonds dédié à l’érosion, afin que les communes puissent préparer l’avenir au lieu de subir. Les activités installées au bord de la plage vont devoir se déplacer, c’est inévitable. Le plus tôt on le fera, le moins douloureux ce sera.

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