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Paris perd ses feuilles en plein mois d’août et les arbres ont une bonne raison d’agir ainsi
Sous les coups de chaleur et la sécheresse, les arbres de la capitale laissent tomber leurs feuilles pour survivre. Les spécialistes expliquent ce…


Sous les coups de chaleur et la sécheresse, les arbres de la capitale laissent tomber leurs feuilles pour survivre. Les spécialistes expliquent ce phénomène visible dans les rues et décrivent la bataille engagée pour adapter la ville au climat de demain.
Marcher dans Paris en août et croiser des feuilles mortes, cela surprend. Les trottoirs du boulevard des Batignolles se couvrent déjà d’un tapis brun, alors que l’été n’a pas dit son dernier mot. Pourtant, ce spectacle ne doit rien au hasard. Les arbres ont encaissé des semaines de fortes chaleurs et de manque d’eau, et leur réaction est une forme de mise en sécurité. En perdant leurs feuilles, ils réduisent leur activité et leurs besoins, comme un animal qui entre en léthargie pour traverser une période difficile.
Cette stratégie de survie porte un nom que les scientifiques utilisent sans détour. Quand la canicule s’accompagne de sécheresse, l’arbre n’a plus assez d’eau pour continuer à transpirer normalement. Cette transpiration lui permet pourtant de faire baisser sa température et celle de son feuillage. Alors il sacrifie ses feuilles pour éviter des dégâts irréparables sur ses branches et son tronc. Les espèces les plus solides, comme les platanes qui représentent environ 35 pour cent des alignements parisiens, savent encaisser ces coups de chaleur et repartir facilement. D’autres, plus fragiles, sortiront affaiblies de l’épreuve. Il faudra attendre le printemps prochain pour mesurer les vraies conséquences de ces épisodes répétés.
Face à ce constat, la Ville de Paris a choisi de ne pas rester les bras croisés. Elle a accéléré la diversification des essences plantées dans ses rues, avec l’idée de créer des linéaires d’arbres plus résistants aux extrêmes climatiques. Certains secteurs font déjà figure de laboratoire, comme la place Prosper Goubaux dans le 17e arrondissement. Là, un charme commun montre des signes nets de stress hydrique, ses feuilles se teintant de marron. Il doit laisser sa place à un charme-houblon, une essence plus méridionale, capable de supporter la chaleur et le manque d’eau. Une sonde placée dans le sol permettra d’évaluer avec précision les besoins de ce nouvel arrivant et d’adapter les arrosages.
Dans d’autres quartiers, ce sont des essences venues d’Asie qui font leur apparition. Rue de Naples, dans le 8e arrondissement, un parrotia persica et un koelreuteria paniculata ont été plantés sur des bandes végétalisées et se portent plutôt bien. Les responsables municipaux se félicitent de ces expérimentations, tout en rappelant que la priorité reste, quand c’est possible, de miser sur des essences régionales et indigènes, meilleures pour la biodiversité. Les habitants, eux, ont pris conscience du problème. Depuis les fortes chaleurs, ils s’inquiètent davantage de la santé des jeunes arbres et n’hésitent plus à les arroser pendant leurs trois premières années, période cruciale pour leur ancrage.
Au total, la capitale affiche plus de 800 essences différentes et a planté 170 000 arbres en dix ans, en mettant en avant leur rôle dans l’absorption du CO2, l’amélioration de la qualité de l’air et le rafraîchissement des quartiers. Les arbres ne sont plus seulement décoratifs dans la ville, ils deviennent des alliés indispensables face au réchauffement. Certains chercheurs estiment que Paris pourrait aller encore plus loin dans l’utilisation d’espèces exotiques, méditerranéennes ou asiatiques, mieux adaptées aux températures de demain. Le débat reste ouvert, mais une certitude s’impose déjà. Les arbres urbains ne sont pas condamnés, à condition de les aider à changer d’habitudes aussi vite que le climat change de visage.
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