Culture
La Hongrie perd Peter Nadas, l’écrivain des blessures du siècle
L’auteur d’Histoires parallèles est mort mercredi à 83 ans chez lui. Retour sur une vie passée à décrire les fractures de son pays et du monde.


L’auteur d’Histoires parallèles est mort mercredi à 83 ans chez lui. Retour sur une vie passée à décrire les fractures de son pays et du monde.
Peter Nadas n’est plus. L’écrivain hongrois est mort mercredi matin dans sa maison de Gombosszeg, à l’âge de 83 ans. Son agente littéraire a confirmé l’information, relayée d’abord sur son compte personnel. Avec lui disparaît l’une des voix majeures de la littérature européenne, souvent citée pour le prix Nobel. Son œuvre immense, traduite dans de nombreuses langues, a épousé les tourments du vingtième siècle.
Sa vie a commencé à Budapest en 1942, dans une famille juive, en pleine guerre. Il a connu les derniers mois du conflit dans une capitale dévastée. Sa mère est morte d’un cancer quand il avait 13 ans. Son père s’est donné la mort trois ans plus tard. Devenu photographe, il a d’abord travaillé comme journaliste avant de tout miser sur l’écriture. Dès 1967, il publie *La Bible*, puis enchaîne romans, nouvelles et pièces de théâtre, nourris de son expérience personnelle et d’une critique permanente du pouvoir.
Son nom reste attaché à des œuvres monstres. *Histoires parallèles*, paru en 2005, lui a demandé dix-huit ans de travail et dépasse le millier de pages. Un récit expérimental peuplé de personnages et d’intrigues qui a impressionné jusqu’à Susan Sontag. L’écrivaine américaine voyait dans son *Livre des mémoires* le plus grand roman de son époque. Beaucoup l’ont comparé à Marcel Proust pour la précision de ses détails et la fluidité de sa prose. Un spécialiste de son travail a même estimé que lire ces deux livres demandait un art de vivre presque perdu, celui de rester des heures assis dans un fauteuil.
La mort, Nadas l’a frôlée de près. En 1993, une crise cardiaque le terrasse. Réanimé, il raconte cette expérience dans *La mort seul à seul*. Il disait avoir découvert un état d’un calme absolu, au-delà des mots. Il aimait pourtant la vie, et cette drôle de paix ne l’a jamais rendu complaisant. Jusqu’au bout, il a scruté la Hongrie avec un regard acéré. Viktor Orban, l’ancien Premier ministre nationaliste, était sa cible favorite. En 2022, il décrivait son pouvoir comme une autocratie et une sorte de mafia de l’Europe de l’Est. En 2024, il publiait encore un essai contre la frénésie de possession et d’accumulation de nos sociétés.
La littérature, pour lui, restait une affaire personnelle, ni nationale ni communautaire. Il craignait qu’un peuple délaissé par les livres ne devienne bête à coup sûr. Retiré à la campagne, sans radio ni télévision, il ne gardait qu’Internet pour rester relié au monde. Sa modestie était un choix. « Je vis simplement et n’ai aucune envie d’autre chose », confiait-il. Lui qui se décrivait comme un contemplatif né.
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