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Culture

Noël Godin l’entarteur légendaire s’en est allé avec sa crème et son humour féroce

Le roi de la tarte à la crème a tiré sa révérence à 80 ans. Il avait fait de l’entartage un art de la provocation pacifiste.

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Noël Godin l'entarteur légendaire s'en est allé avec sa crème et son humour féroce

Le roi de la tarte à la crème a tiré sa révérence à 80 ans. Il avait fait de l’entartage un art de la provocation pacifiste.

Noël Godin n’est plus. L’homme qui avait fait de la tarte à la crème une arme de dérision massive est mort dimanche à 80 ans. Sa première victime, la romancière Marguerite Duras, avait reçu son gâteau en pleine figure le 11 novembre 1969, plus de cinquante ans avant sa disparition.

Attachons-nous à son parcours. Ce Belge surréaliste, ami de la bande de Groland, se définissait comme un anarcho-situationniste. Il ne visait que les personnalités trop imbuées d’elles-mêmes. Son double fictif, Georges Le Gloupier, poussait son cri de ralliement « Gloup gloup ». Ce personnage imaginaire a permis à Godin de brouiller les pistes entre le faux et le réel. Dans une revue belge de cinéma, il inventait des entartages bidons. Un jour, il racontait que Bresson avait été visé. Marguerite Duras, dans la même revue, prenait la défense du cinéaste et décrivait une attaque contre Le Gloupier. Godin a alors décidé de passer à l’acte lors d’une visite de Duras en Belgique. La suite appartient à l’histoire.

Sa cible préférée restera Bernard-Henri Lévy. Godin affirmait l’avoir entarté huit fois. En 1995, à Nice, il touchait aussi Arielle Dombasle qui accompagnait le philosophe. Le récit de la scène valait son pesant de crème. Pendant que BHL l’étranglait, son épouse le frappait avec son sac. L’entarteur ne ripostait jamais, fidèle à son pacifisme burlesque. Il ne faisait de mal qu’à l’ego de ses victimes, jamais à leur corps.

Son éthique était stricte. Pas d’entartage sur commande, même pour de gros chèques. À Cannes, on lui aurait proposé beaucoup d’argent pour viser Sharon Stone ou Catherine Deneuve. Il a toujours refusé, lui qui préférait les Demoiselles de Rochefort. En revanche, il acceptait volontiers les complicités internes pour surprendre ses cibles. Les rêves ne manquaient pas. Il aurait voulu entarter Macron et tous les candidats à la présidentielle française. Sa mère lui demandait surtout d’épargner le pape. Il n’excluait pas François, qui est mort l’an dernier sans avoir été entarté.

Ce jeu avait un prix. Jean-Pierre Chevènement l’a poursuivi en justice après un entartage pendant la campagne de 2002. Godin a été condamné pour violences volontaires avec préméditation, puis son affaire a traîné jusqu’en cassation. Les frais d’avocat ont grevé son budget. Mais ses amis ont organisé une « gloup gloup party » de solidarité à Bruxelles. Benoît Poelvoorde a offert le scénario original de C’est arrivé près de chez vous. Lio, elle, a mis aux enchères une culotte qui est partie très cher. La somme nécessaire a été réunie en une soirée.

Son héritage dépasse les frontières. L’entartage de Bill Gates à Bruxelles en 1998 a inspiré des mouvements aux Pays-Bas, aux États-Unis et au Canada. Les enfarineurs et certaines ex-Femen belges ont repris le flambeau. Godin racontait avec malice leur coup de 2014 sur la crèche de la Grand-Place. Avec les années, la sécurité s’est durcie. Il reconnaissait avoir fait très attention. Pour le meeting anti-Bush à Bruxelles, il avait même lancé un appel sinistre aux malades en phase terminale pour qu’ils se sacrifient au nom de la légende. Personne n’a relevé le défi, sans doute. Mais l’esprit de Godin, lui, s’est éteint avec la même élégance pâtissière qu’il avait incarnée toute sa vie.

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