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Au Kenya, la passion du cosplay passe par la récupération

Chaque année à Nairobi, des milliers de Kényans se déguisent en personnages de mangas et de jeux vidéo. Faute de matériel spécialisé, ils fabriquent tout…

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Au Kenya, la passion du cosplay passe par la récupération

Chaque année à Nairobi, des milliers de Kényans se déguisent en personnages de mangas et de jeux vidéo. Faute de matériel spécialisé, ils fabriquent tout eux-mêmes avec ce qu’ils trouvent.

Dans la capitale kényane, le rendez-vous annuel Otamatsuri a attiré près de 4 000 passionnés samedi. Ils étaient pour la plupart déguisés en héros de mangas, de dessins animés japonais ou de jeux vidéo, déambulant entre les stands de vente de mangas, de jeux vidéo, de plats japonais et d’objets dérivés. Cette pratique, née aux États-Unis chez les fans de science-fiction, a prospéré au Japon avant de devenir un phénomène mondial dans les années 1990 et 2000. Le rassemblement, organisé depuis 2019 par une équipe de fans dont Jotham Micah, montre à quel point cette culture s’est enracinée au Kenya. Il faut débourser une vingtaine d’euros pour y entrer, une somme importante dans ce pays, mais ils étaient tout de même des milliers à faire le déplacement.

Julius Mokaya, 34 ans, est de ceux-là. Dans son petit deux-pièces d’un quartier populaire de Nairobi, les cartons, les morceaux de mousse et les masques faits main envahissent l’espace. Ce gardien d’immeuble, tombé dans le cosplay il y a une dizaine d’années, n’a pas les moyens d’acheter des costumes prêts à l’emploi. Alors il recycle. Pour le concours de cette année, il a choisi d’incarner Enjin, personnage de Gachiakuta, un manga qui raconte la vengeance de Rudo, un adolescent accusé à tort de la mort de son père et exilé dans une décharge. Julius Mokaya y voit un écho à sa propre démarche. ‘Les déchets et ce qu’on jette ne sont pas vraiment mauvais’, dit-il. Avec de la mousse, il a façonné le masque du personnage. Son arme, un parapluie, est décorée de caractères japonais et équipée de bandes lumineuses qui s’allument à l’ouverture. Il lui a fallu des mois de travail, en partie mené en ligne, pour arriver à ce résultat.

Tout n’est pas simple pour autant. Les cosplayers est-africains ne trouvent pas facilement les colles, les mousses, les perruques ou les accessoires vendus couramment aux États-Unis, en Europe ou au Japon. Il faut redoubler d’ingéniosité. Yvonne Chockey, 24 ans, a remporté cette édition avec un cosplay d’Angewomon, un ange d’une franchise japonaise. Elle a utilisé la technique du sable chaud pour courber des tubes de PVC sans les abîmer, afin de construire la structure des huit ailes de son personnage. ‘J’ai dû découper chaque plume une par une, puis les fixer sur le support. C’était la partie la plus difficile’, raconte-t-elle. Le coût reste un obstacle. Julius Mokaya reconnaît être fauché la moitié du temps, mais toujours aussi passionné.

Au Kenya, le cosplay suscite encore beaucoup d’incompréhension. Julius Mokaya se souvient d’un trajet en bus où, déguisé, il a dû payer deux billets parce que personne ne voulait s’asseoir à côté de lui. Sur les réseaux sociaux, des proches ont demandé à son père s’il avait rejoint une secte. Pourtant, la communauté ne cesse de s’étendre. Elle veut ‘repousser les limites’, assure-t-il. Jotham Micah, l’un des organisateurs, voit dans cette passion bien plus qu’un simple divertissement. ‘Les sous-cultures sont essentielles. Elles donnent de l’énergie à la vie. Elles sont une source d’inspiration’, rappelle-t-il, avant de souligner que les animes et les mangas ont transcendé les frontières.

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