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Ashenda, la fête des femmes du Tigré qui se danse loin de la guerre

Des centaines de Tigréennes exilées ont dansé Ashenda dans la capitale éthiopienne, le cœur serré par les menaces de reprise des combats dans leur région.…

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Ashenda, la fête des femmes du Tigré qui se danse loin de la guerre

Des centaines de Tigréennes exilées ont dansé Ashenda dans la capitale éthiopienne, le cœur serré par les menaces de reprise des combats dans leur région. Elles ont porté la culture de leur terre natale tout en gardant un œil sur les proches restés là-bas.

À Addis-Abeba, dans un grand centre de conventions, des centaines de femmes ont fait résonner la musique du Tigré. Elles portent l’habesha kemis, une longue robe de coton blanc brodée de couleurs, et des coiffures minutieuses, des nattes fines qui demandent des heures de travail. Certaines dansent la tête et les épaules au rythme du kebero, un tambour traditionnel, pendant que des morceaux d’afrobeats, la pop africaine venue de l’Ouest, s’ajoutent au répertoire. Toutes célèbrent Ashenda, une fête qui doit son nom à une herbe que les filles et les femmes s’attachent autour de la taille. Elle est née au Tigré, mais on la retrouve aussi dans l’Amhara et en Érythrée, ancienne colonie italienne devenue indépendante en 1993.

À l’origine, Ashenda marque la fin de Filseta, un jeûne de quinze jours observé par les chrétiens orthodoxes pour l’Assomption. Avec le temps, elle est devenue un symbole d’indépendance et d’émancipation féminine. Mais cette année, la fête a un goût amer. De 2020 à 2022, le Tigré a été ravagé par une guerre dévastatrice entre les rebelles du TPLF et l’armée fédérale éthiopienne, soutenue par les forces érythréennes. Le conflit a fait au moins 600 000 morts et chassé des centaines de milliers de personnes. Un accord de paix avait finalement mis fin aux combats, mais l’espoir est retombé. Les tensions entre le TPLF, banni à l’échelle nationale mais tout-puissant dans la région, et le gouvernement du premier ministre Abiy Ahmed se sont ravivées. Des frappes de drone ont visé Mekele, la capitale régionale, et ont fait treize blessés. Dans ce climat, beaucoup de Tigréens fuient leur région, notamment pour échapper à un recrutement forcé dans les rangs des rebelles.

« La situation est très mauvaise, c’est la guerre », résume Tsadeye, 23 ans. Cette jeune maquilleuse est installée à Addis-Abeba, tout comme son amie Tiras, coiffeuse, partie du Tigré il y a deux ans. Tiras prie pour sa famille restée sur place et ne cache pas son pessimisme. « C’est entre les mains de Dieu, notre peuple vit dans le désespoir », confie-t-elle. Pour les participantes, Ashenda reste malgré tout une parenthèse de douceur, une façon de « promouvoir notre culture et la paix », dit Tsadeye. Muluberhan, 23 ans, ne demande qu’une chose, retourner dans sa région natale. Sa famille est restée à Mekele, partagée entre le Tigré et l’Amhara. « Cette année, ce n’était pas possible à cause de la situation. Si Dieu le veut, je fêterai Ashenda l’année prochaine au Tigré », espère-t-elle.

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