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Luz a passé une nuit avec les fantômes de Beaubourg et en a sorti un diamant

Le dessinateur Luz a dormi 45 minutes dans le musée fermé pour travaux. Il en a tiré un premier livre où revivent les ombres de Charlie Hebdo.

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Luz a passé une nuit avec les fantômes de Beaubourg et en a sorti un diamant

Le dessinateur Luz a dormi 45 minutes dans le musée fermé pour travaux. Il en a tiré un premier livre où revivent les ombres de Charlie Hebdo.

À l’été 2025, le dessinateur Luz a passé une nuit entière dans les allées désertes de Beaubourg, fermé pour travaux. Le musée était vide, mais pas tout à fait, dit-il, habité par les œuvres, les visiteurs passés et ses propres fantômes. Il a grignoté un sandwich au brie, n’a dormi que 45 minutes et a noirci des carnets de croquis. De cette veille insolite est né « Un diamant dans les gravats », son premier livre, attendu mercredi chez Stock.

Cette nuit à Beaubourg a ravivé le drame qui a marqué sa vie à jamais. Charlie Hebdo, sa deuxième famille, a été décimé en 2015. Luz était en retard à la rédaction ce jour-là, un simple retard qui lui a sauvé la vie. Ses compagnons, ses idoles, comme Cabu et Tignous, sont tombés. Depuis, le 7 janvier le poursuit, d’autant que c’est aussi sa date d’anniversaire. Dans le musée, il a vu des corps sous les bâches, des cercueils dans les caisses en bois. Il écrit « Un passé assassiné, un présent agonisant », et se décrit comme ni mort ni vivant, juste un reflet. Même l’amiante dont Beaubourg doit se débarrasser, 5 000 mètres carrés qui résistent à tout, lui a inspiré une formule amère, son propre « 7 biopersistant ».

Malgré tout, cette déambulation nocturne a eu un effet inattendu. Luz parle d’un « kiff total », d’un trip égocentrique où il se disait que ce lieu était à lui. Il a repéré l’empreinte laissée sur un mur par un tableau de Bacon, a dessiné ce que ses yeux voyaient, et s’est senti comme dans une grosse fête, la brume des nuits blanches qu’il connaissait bien pour avoir passé plus de vingt ans comme dessinateur de presse à Charlie. Beaubourg, dit-il, c’est la matrice. Et en creusant dans les gravats de sa propre vie, comme un chien truffier, il a fini par trouver une petite étincelle qui scintille encore.

Ce résultat, Luz ne l’attendait pas quand il a lui-même porté ce projet chez Stock. Il avait été bouleversé par le récit de Lola Lafon sur sa nuit à la Maison Anne Frank, publié dans la même collection « Ma nuit au musée ». Pour ce natif de Tours, signer un premier livre à 54 ans, c’est se remettre au niveau du puceau qu’il était en arrivant à Paris. Il se dit enfin artiste, et reconnaît que ce livre a ouvert une porte qu’il n’aurait jamais osé pousser sans cela. Sur la liste des remerciements, il a fait figurer ses parents, son éditrice, et les fantômes, pour leur présence.

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