Culture
Budapest fait la fête sur l’île de la liberté sans le poids d’Orban
Le Sziget Festival a retrouvé le sourire. Après seize ans de pouvoir ultraconservateur, les festivaliers et les organisateurs vivent une édition sans…


Le Sziget Festival a retrouvé le sourire. Après seize ans de pouvoir ultraconservateur, les festivaliers et les organisateurs vivent une édition sans pression politique.
Des serviettes étendues sur l’herbe, des guitares qui résonnent, des corps qui dansent au bord du Danube. Bienvenue au Sziget, le festival qui transforme chaque été une île de Budapest en immense terrain de jeu. Surnommé l’île de la liberté, il attire chaque année des centaines de milliers de curieux venus du monde entier. Mais cette liberté a longtemps été un combat dans une Hongrie dirigée d’une main de fer par Viktor Orban.
Cette édition a pourtant un goût particulier. Quelques mois après la victoire du pro-européen Peter Magyar, qui a mis fin à seize ans de règne conservateur, l’ambiance est à la délivrance. Les jeunes Hongrois ont dansé dans les rues de Budapest le soir du scrutin. Aujourd’hui, ils savourent une fête sans arrière-pensées. Greta Racz, 27 ans, volontaire dans une association pro-démocratie, raconte les discussions avec les étrangers. « Ils nous disent combien ils sont fiers de nous et nous demandent comment on vit ce changement », confie-t-elle.
L’organisation ressent elle aussi le changement. Des ministres sont venus échanger sur des sujets concrets comme les transports ou la santé. Pour Tamas Kadar, qui dirige le festival, c’est une nouveauté majeure. « Nous avons pu faire notre travail sans obstacles. C’est énorme », explique-t-il. Par le passé, tout était plus compliqué. Une loi de 2021, qui interdisait de parler d’homosexualité aux mineurs, avait imposé des contrôles d’identité à l’entrée de certains événements. Une mesure jugée absurde par les organisateurs, enfin abandonnée après une décision de la justice européenne cette année. Le festival peut de nouveau mettre en avant ses espaces de discussion sur les droits LGBTQ, une composante historique de son identité.
Le festival a aussi dû encaisser des interdictions ciblées. Le gouvernement Orban avait ainsi empêché le groupe irlandais Kneecap de monter sur scène pendant trois ans, l’accusant de discours antisémite. Pour Tamas Kadar, cette décision montrait un vrai mépris pour la création. « On parle de culture, pas de politique », insiste-t-il. Le nouveau pouvoir promet de ne pas intervenir. Ildiko Eva Sopov, représentante du parti Tisza, assure que l’État n’a pas de rôle à jouer dans un festival.
Côté fréquentation, cette édition a attiré environ 350.000 personnes, un peu moins que l’habituel 400.000, la faute à la canicule. Mais peu importe la météo, la « vibe » est là. Marton Szabo, 25 ans, vient pour la quatrième fois et décrit Sziget comme une bulle bienveillante. D’autres, comme Niki Liptak, se sentent moins concernés par la politique depuis le changement de gouvernement. « C’est l’été », sourit-elle.
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