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Harcelée pendant trois ans, elle n’a jamais su si sa plainte avait abouti

Baek Song-yi a dénoncé son supérieur, l’enquête a donné raison à ses accusations, mais l’entreprise a refusé de lui révéler les sanctions. Elle se bat…

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Harcelée pendant trois ans, elle n'a jamais su si sa plainte avait abouti

Baek Song-yi a dénoncé son supérieur, l’enquête a donné raison à ses accusations, mais l’entreprise a refusé de lui révéler les sanctions. Elle se bat pour que les victimes aient enfin le droit de savoir.

Baek Song-yi, une Sud-coréenne de 40 ans, a quitté son employeur, un groupe américain, après avoir vécu un calvaire. Pendant trois ans, elle dit avoir subi des attaques verbales de la part d’un supérieur plus âgé. Lorsqu’elle a fini par dénoncer les faits, la direction lui a demandé de signer un accord de confidentialité. Si elle parlait de la procédure, elle risquait le licenciement. Elle a refusé. L’enquête a tout de même été menée et a confirmé sa plainte. Mais la suite l’a laissée sans voix.

L’entreprise a refusé de lui communiquer les mesures disciplinaires prises contre son harceleur. Le motif invoqué, la protection de la vie privée. Un enquêteur lui a simplement dit que le salarié visé serait « surveillé ». Elle n’a jamais su si sa demande pour l’empêcher d’accéder aux bureaux avait été acceptée. Elle raconte le sentiment d’être abandonnée, sans possibilité de tourner la page. « J’ai eu le sentiment que les victimes se retrouvaient sans possibilité de tourner la page, sans sentiment de justice et sans aucun moyen de savoir », a-t-elle expliqué. Depuis, elle milite pour une loi calquée sur celle de la Californie, qui restreint les accords de confidentialité et impose d’informer les victimes des sanctions.

Le contexte sud-coréen est particulier. La loi contre le harcèlement au travail existe depuis sept ans, mais elle est jugée insuffisante. Une étude de l’ONG Gapjil 119 de l’an dernier montre que seulement 15% des victimes signalent les faits. L’avocate Kim Yu-kyung, spécialisée en droit du travail, précise que les employeurs ont toute liberté pour divulguer ou non les mesures, car aucune disposition ne les oblige à informer la victime. Une autre femme, identifiée seulement comme Mme Yoo, a lancé une procédure après avoir quitté son poste. Dix mois après, son ancien employeur a reconnu que des mesures avaient été prises, sans en révéler la nature. Le ministère du Travail a confirmé le bien-fondé de sa plainte et lui a permis de consulter le règlement intérieur, mais celui-ci ne contenait rien sur le harcèlement. Finalement, elle a appris que son harceleur avait simplement été invité à décrire les faits par écrit.

Cette femme, qui a attendu sa démission pour porter plainte par peur de représailles, dit avoir souffert d’insomnie et de crises de panique. « Je me suis demandée pourquoi je m’étais infligé plus de dix mois de stress et de combat. Tout cela me paraissait un peu vain », se souvient-elle. Baek Song-yi, elle, s’est tournée vers la commission du travail de Séoul. Un responsable lui a confirmé, dans un appel enregistré, qu’aucune obligation légale n’obligeait l’entreprise à informer la victime. Seule exigence, demander à la victime quelles mesures elle souhaitait avant de décider. Elle estime que son ancien employeur a profité d’une loi ambiguë pour protéger les victimes au minimum.

Le ministère du Travail a annoncé avoir révisé ses directives en juillet, recommandant aux employeurs de communiquer aux plaignants le résultat des enquêtes. Mais il prévient qu’une divulgation obligatoire demanderait un examen attentif, en raison des implications pour la vie privée des parties. Le droit de savoir reste donc en suspens.

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