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Ils avaient donné l’alerte, la décharge a tué pendant leur sommeil

Un quartier de Conakry a été enseveli sous des montagnes d’ordures après de fortes pluies. Les jeunes du secteur assurent avoir prévenu les autorités…

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Ils avaient donné l'alerte, la décharge a tué pendant leur sommeil

Un quartier de Conakry a été enseveli sous des montagnes d’ordures après de fortes pluies. Les jeunes du secteur assurent avoir prévenu les autorités pendant des mois, sans jamais être pris au sérieux.

Abou Hamza n’arrive pas à contenir sa colère. Ce responsable des jeunes du quartier Dar es Salam, en banlieue de Conakry, regarde les déblais et répète la même phrase. On a tout fait pour éviter cela. Des réunions, ils en ont organisé. Des responsables, ils les ont invités. Mais personne n’a écouté. Il y a un an, l’État leur aurait promis de fermer cette décharge. Les promesses sont restées lettre morte. Puis la terre a cédé, dans la nuit de samedi à dimanche, après des pluies intenses. Le bilan est lourd. Au moins 30 morts et 22 blessés. Plusieurs habitations ont été avalées par le glissement.

Sur place, dimanche, le spectacle est saisissant. Des tractopelles creusent sans relâche. Des dizaines de personnes, beaucoup d’enfants, restent agglutinées au sommet du dépotoir, espérant retrouver des proches. Les secours transportent des blessés sur des brancards, pendant que des habitants hurlent leur douleur. Des femmes du quartier, sous le choc, se réconfortent jusqu’au milieu de la nuit dans une atmosphère électrique. Alhassane Camara, lui, a vécu l’horreur en direct. Il dormait avec ses deux petits frères quand des bruits bizarres ont éclaté derrière lui. L’un des enfants est mort sur le coup. L’autre a pu être sorti vivant. Il raconte avoir couru chercher de l’aide pour extraire sa mère, sa grand-mère et ses sœurs. On était beaucoup, dit-il. C’est Dieu qui nous a aidé.

Un autre habitant, Aboubacar Camara, le visage marqué, explique qu’il est sorti de chez lui avec sa femme vers deux ou trois heures du matin, alerté par des cris. Il venait à peine de quitter son logement qu’un second glissement s’est produit. Cette fois, ce sont des jeunes du quartier, partis secourir les victimes du premier éboulement, qui ont été emportés. Toutes les personnes qui sont allées là-bas pour secourir, elles sont toutes restées dedans, lâche-t-il, encore traumatisé.

Le Premier ministre guinéen s’est rendu sur le site et assure que tout est mis en place pour soigner les blessés et assister les familles touchées. Mais la colère reste vive. Le gouvernement avait bien annoncé des opérations pour sécuriser les abords de la décharge, menacée par les pluies. Trop tard, selon les habitants. L’opposant et ancien Premier ministre Cellou Dalein Diallo, en exil, parle d’une tragédie qui plonge le pays dans la consternation. Il rappelle un détail qui en dit long. La fermeture de la décharge était annoncée pour le jour même du drame. Une issue que les familles endeuillées n’acceptent pas. Elles demandent des réponses et, surtout, des actes.

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