Planète
Lombrics et mouches, les nouveaux héros de l’agriculture kényane
Au Kenya, des fermiers épuisés par les engrais chimiques se tournent vers des alliés inattendus. Lombrics et larves de mouches transforment les déchets en…


Au Kenya, des fermiers épuisés par les engrais chimiques se tournent vers des alliés inattendus. Lombrics et larves de mouches transforment les déchets en engrais naturel qui redonne vie aux sols.
L’agriculture fait vivre le Kenya. Ce secteur pèse près de 22% de son économie et fait travailler environ 45% de la population active. Pourtant, les terres s’épuisent. Un rapport publié en 2025 par la fondation Heinrich Boll indique que 40% des sols d’Afrique de l’Est sont appauvris, en grande partie à cause d’un usage trop intensif d’engrais chimiques. Résultat, la productivité a chuté, avec des pertes estimées à 65 milliards de dollars. Au Kenya, près d’un tiers des terres cultivables sont considérées comme fortement acides. Les pratiques agricoles intensives et le réchauffement climatique sont pointés du doigt. La flambée des prix des engrais, alimentée par la crise au Moyen-Orient et la fermeture du détroit d’Ormuz, a accéléré la recherche d’alternatives.
Dans le village de Lari, à une cinquantaine de kilomètres de Nairobi, George Muturi cultive des choux et des brocolis sur moins d’un hectare. Dans son exploitation, environ 70 caissons de bois empilés abritent chacun au moins 5 000 lombrics du fumier. Ces vers se nourrissent de restes de nourriture, de déchets de récolte et de bouse de vache. Au bout de six semaines, leurs déjections forment du lombricompost, un engrais naturel reconnu pour améliorer la structure des sols, retenir l’humidité et augmenter la matière organique. Muturi transforme environ 10 tonnes de déchets organiques par semaine, ce qui produit deux à trois tonnes de lombricompost. Selon lui, sa terre est devenue bien plus fertile, au point de pouvoir produire même pendant les périodes sèches. Il vend désormais une partie de sa production à de plus grandes fermes, dont certaines travaillent pour l’export. Mais il reconnaît que le passage à l’échelle industrielle reste difficile, car il faut de très grandes quantités pour rivaliser avec les engrais chimiques.
À environ 200 kilomètres de là, dans le comté de Nakuru, Robert Mwangi a choisi une autre stratégie. Son entreprise Nawiri Organics élève des larves de la mouche soldat noire. Il récupère les déchets du principal marché local et les donne à manger à ces larves. Leurs excréments produisent du frass, un engrais naturel, tandis que les larves matures sont séchées et utilisées comme nourriture pour le bétail. Dans sa serre, des bidons dégagent une odeur âcre avant que leur contenu organique ne soit versé dans des bacs en plastique où les larves s’activent. Mwangi explique que les engrais conventionnels finissent par détruire les micro-organismes du sol en créant un environnement trop acide. À l’inverse, un fertilisant naturel améliore la fertilité au fil du temps et réduit les coûts pour les fermiers. C’est aussi une façon intelligente de recycler les déchets organiques.
Cet engouement tombe à un moment favorable. La demande mondiale pour une alimentation saine ne cesse de progresser, et les produits bio se vendent à des prix plus intéressants. Le Kenya, premier exportateur mondial de thé en volume, exporte aussi des fleurs coupées, des avocats, des haricots verts et du café. Le secteur bio local suit la tendance. Selon une étude du Réseau kényan d’agriculture biologique, le nombre d’exploitations bio est passé de 54 386 en 2021 à 62 626 en 2023, et les surfaces cultivées de 116 842 à 171 298 hectares. Chez Nawiri Organics, la demande dépasse déjà les capacités de production. Les vers et les mouches n’ont pas fini de travailler.
À lire aussi





Faits DiversEn Ligne 5 joursLe pare-feu sauvage du Cap-Ferret devant la justice



SportsEn Ligne 7 joursPaul Seixas a fini le Tour la tête vidée, puis a gagné aux Pays-Bas



PlanèteEn Ligne 6 joursLe narval et sa corne mythique livrent leur secret à la science



PlanèteEn Ligne 2 joursQuand la mer avance, ces restaurants de plage n’ont plus le droit de rester



CultureEn Ligne 7 joursMille fans ont chanté Bonnie Tyler une dernière fois dans les rues de Swansea



Faits DiversEn Ligne 7 joursLe butin des pirates du fisc aurait déjà trouvé preneur



SociétéEn Ligne 1 jourJuifs orthodoxes dans les Alpes, une phrase déclenche la polémique



Faits DiversEn Ligne 3 joursElle a filmé, fui et fait tomber un magnat des assurances








