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Philippe Bouvard, l’insolence en héritage, tire sa révérence à 96 ans

Le créateur des « Grosses Têtes » et découvreur de talents est mort lundi. Sa radio de toujours l’a annoncé après avoir été prévenue par son épouse.

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Philippe Bouvard, l’insolence en héritage, tire sa révérence à 96 ans

Le créateur des « Grosses Têtes » et découvreur de talents est mort lundi. Sa radio de toujours l’a annoncé après avoir été prévenue par son épouse.

Philippe Bouvard s’est éteint lundi au petit matin. Il avait 96 ans. La radio qui l’accompagnait depuis des décennies a donné la nouvelle à l’antenne, précisant qu’il était parti en douceur, après avoir été prévenue par sa femme. Une disparition qui a immédiatement déclenché une vague d’hommages, tant l’homme avait marqué la vie médiatique française.

Avec « Les Grosses Têtes », lancée en 1977, il a inventé un ton unique. Des personnalités, appelées sociétaires, tentent de répondre aux questions des auditeurs sur un mode grivois et irrévérencieux. Le concept a tenu 37 ans sous sa houlette. Laurent Ruquier, chargé de rajeunir l’émission en 2014, a salué un précurseur de l’impertinence, expliquant que toute une génération d’animateurs sont ses enfants spirituels. Mais Bouvard avait vécu ce passage de témoin comme un déchirement.

Il ne s’est pas contenté de la radio. À la télévision, « Le Petit Théâtre de Bouvard », diffusé de 1982 à 1987 sur Antenne 2, a servi de tremplin à de nombreux comédiens débutants. Muriel Robin, Les Inconnus, Mimie Mathy, Michèle Bernier ou encore Chevallier et Laspalès y ont fait leurs armes. Avant cela, il avait fait ses classes dans la presse écrite dès les années 1950, avec notamment un passage au Figaro puis à France Soir, en parallèle de sa carrière radiophonique.

Ses sociétaires racontent un personnage ambigu et attachant. Jean-Pierre Foucault a souligné que Bouvard avait su mettre la culture générale à la portée de tous, le qualifiant de maître pour toute une génération. Olivier de Kersauson, l’Amiral du jeu, estimait que Bouvard avait plus fait pour la langue française que bien des académiciens, sans jamais recevoir la reconnaissance qu’il méritait. L’animateur avait d’ailleurs l’habitude de lui lancer un chaleureux « Bonne réponse de l’Amiral » quand il trouvait une colle. L’humoriste Bernard Mabille, lui, avouait ne pas savoir si Bouvard l’aimait vraiment. Le journaliste Marc-Olivier Fogiel retenait surtout sa capacité à naviguer entre divertissement et sérieux, sans jamais se laisser enfermer dans une case.

Bouvard se présentait lui-même comme un Français moyen, râleur, chauvin et un rien xénophobe, tout en reconnaissant parfois regretter d’être resté prisonnier de cette image. Fils de petits commerçants, passionné de belles voitures et de jeux d’argent, il était resté un travailleur infatigable. À 94 ans, il tenait encore une page dans un magazine et une chronique dominicale. Il n’a tout arrêté que le 1er janvier 2025, une fois atteint son double record de soixante ans de radio et soixante ans passés au sein de la même station. Avec sa silhouette ronde et son sens de la répartie, il laisse derrière lui des millions d’auditeurs orphelins d’une voix que la France entière reconnaissait entre mille.

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