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Mohammed ben Salmane à Paris, le pari de la realpolitik

Le prince héritier saoudien retrouve Emmanuel Macron pour une journée consacrée aux crises du Moyen-Orient et aux affaires. Une visite qui confirme le…

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Mohammed ben Salmane à Paris, le pari de la realpolitik

Le prince héritier saoudien retrouve Emmanuel Macron pour une journée consacrée aux crises du Moyen-Orient et aux affaires. Une visite qui confirme le retour en grâce de l’homme fort de Riyad.

Paris soigne son invité. Après avoir suivi dimanche aux côtés d’Emmanuel Macron la finale de la Coupe du monde d’esport, une première en dehors de l’Arabie saoudite, Mohammed ben Salmane passe lundi à un menu autrement plus dense. Les deux dirigeants président la première réunion du Conseil de partenariat stratégique franco-saoudien, une instance créée lors du voyage du président français à Riyad à la fin 2024. Le symbole est fort, tant celui que l’on surnomme MBS a longtemps été isolé sur la scène internationale.

Au menu des discussions, les dossiers qui fâchent. La bande de Gaza et l’avenir d’une solution à deux États, le Liban en crise, la Syrie morcelée, sans oublier la recomposition des équilibres au Moyen-Orient. En juillet dernier, Paris et Riyad avaient coprésidé à l’ONU une conférence pour relancer cette solution à deux États, avec des engagements sur la réforme de l’Autorité palestinienne, le désarmement du Hamas et la sécurité d’Israël. Une autre conférence en soutien à l’armée libanaise, elle, reste en suspens depuis le début de la guerre américano-israélienne contre l’Iran. Paris surveille aussi le renforcement des liens sécuritaires de Riyad avec d’autres puissances, notamment après l’accord de défense signé début août entre l’Arabie saoudite, la Turquie et le Pakistan. Surtout, la guerre en Ukraine a brutalement rappelé le poids du royaume dans les marchés de l’énergie. Le prince, qui dirige de fait le pays, est devenu un partenaire courtisé par Washington, Pékin et Moscou.

L’économie occupe une place de choix dans cette visite. Un forum réunit des grands patrons français et des responsables saoudiens autour de l’énergie, du tourisme, de l’intelligence artificielle, des transports ou encore de la santé. L’enjeu est de positionner les entreprises françaises sur les chantiers de la Vision 2030, le plan lancé en 2016 pour réduire la dépendance de l’économie saoudienne aux hydrocarbures. Plusieurs accords devraient être signés lundi. L’un d’eux pourrait donner naissance à un parc d’attractions inspiré du manga Dragon Ball en région parisienne, un projet dont les discussions paraissent très avancées. La France espère aussi attirer davantage de capitaux saoudiens et travailler sur les préparatifs de l’Exposition universelle de Riyad en 2030. Du côté des approvisionnements énergétiques, les deux pays doivent réfléchir à de nouvelles routes, alors que le détroit d’Ormuz, passage vital pour le pétrole, reste sous la menace iranienne.

Mais cette visite ne passe pas sans remous. Plusieurs syndicats de journalistes français ont dénoncé une provocation, en référence au sort réservé à la presse en Arabie saoudite. L’assassinat de Jamal Khashoggi en 2018 reste un point noir. Les services de renseignement américains avaient conclu que le prince héritier avait approuvé une opération visant à capturer ou tuer le journaliste, ce qu’il a toujours nié. Une plainte contre MBS pour tortures et disparitions forcées, déposée en 2021, est toujours en cours d’instruction. Sa réception à l’Élysée en juillet 2022 avait déjà provoqué la colère des ONG de défense des droits humains. Mais ce lundi, c’est le pragmatisme qui semble l’emporter, entre nécessités stratégiques et intérêts économiques.

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