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Affaire Epstein la justice française sommée de s’expliquer sur un suspect mort sans avoir été entendu

Deux actions en justice réclament des comptes à l’État après la mort d’un homme proche du réseau Epstein, jamais interrogé avant son décès. Une…

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Affaire Epstein la justice française sommée de s'expliquer sur un suspect mort sans avoir été entendu

Deux actions en justice réclament des comptes à l’État après la mort d’un homme proche du réseau Epstein, jamais interrogé avant son décès. Une ex-mannequin et une association dénoncent des années d’inaction et demandent réparation.

Daniel Siad est mort fin juillet à son domicile de Colombes, dans les Hauts-de-Seine. Ce nom ne parle peut-être pas à tout le monde, mais il occupe une place centrale dans la branche française de l’affaire Epstein. Cet homme, considéré comme un recruteur pour le pédocriminel américain, était visé par une enquête du parquet de Paris, notamment pour viol. Il contestait ces accusations. Sa mort a mis un terme aux poursuites à son encontre, mais pas à la colère des plaignants.

Ebba Karlsson ne laisse pas tomber. Cette ex-mannequin suédoise affirme avoir reconnu Daniel Siad sur une photo issue des fichiers d’Epstein et l’accuse de viol en France dans les années 1990. Elle a déposé plainte en début d’année. Avec ses avocats, elle assigne aujourd’hui l’État français devant le tribunal judiciaire de Paris. Dans l’acte signifié le 21 août, ses avocats dénoncent l’absence de garde à vue et d’audition de Daniel Siad. Ils parlent d’une « inaction fautive du service public de la justice » et réclament 50 000 euros pour le préjudice subi. La justice a eu des mois pour entendre cet homme, et rien n’a bougé.

De son côté, le parquet de Paris se défend. La procureure Laure Beccuau a expliqué, après la mort du suspect, que Daniel Siad était suivi grâce à des techniques d’enquête spéciales, dont des écoutes téléphoniques. Selon elle, ces surveillances n’avaient pas fourni d’éléments justifiant une interpellation immédiate. Cette version ne satisfait pas les parties civiles. L’avocate de Daniel Siad assurait de son côté que son client était innocent. Les positions restent inconciliables.

L’association Innocence en danger rejoint le combat. Elle se joint à l’action d’Ebba Karlsson et a lancé, en parallèle, sa propre procédure signifiée le 31 juillet. Dans cette seconde action, ses avocats pointent un « fonctionnement défectueux du service public de la justice », une « faute lourde » et un « déni de justice ». Ils demandent 15 000 euros de dommages et intérêts. L’association rappelle avoir alerté le procureur de Paris dès juillet 2019, bien avant les récents développements. Elle souligne aussi les attaches françaises du dossier, entre les passages réguliers de Jeffrey Epstein dans la capitale et ses relations avec des intermédiaires ou recruteurs du mannequinat basés en France.

Ce qui révolte l’association, c’est le temps perdu. Innocence en danger évoque une succession de retards et des périodes où la procédure semblait à l’arrêt, sans explication. Et le temps joue contre la manifestation de la vérité. Jean-Luc Brunel, autre rabatteur présumé, s’est suicidé en détention en 2022. Daniel Siad est mort à son tour. Autant de personnes dont la justice n’entendra jamais la version. Après la publication de millions de documents liés à Epstein, le parquet de Paris avait annoncé la désignation de magistrats référents et une réanalyse intégrale du dossier d’instruction concernant Jean-Luc Brunel. Mais les premières audiences sont prévues courant 2027.

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