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Un an et demi après Chido, Mayotte attend toujours des actes

Le Premier ministre débarque mercredi sur l’archipel avec plusieurs ministres pour tenter de relancer une reconstruction qui patine. Mais sur place, la…

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Un an et demi après Chido, Mayotte attend toujours des actes

Le Premier ministre débarque mercredi sur l’archipel avec plusieurs ministres pour tenter de relancer une reconstruction qui patine. Mais sur place, la colère gronde et les critiques fusent.

La visite était très attendue. Sébastien Lecornu sera à Mayotte de mercredi midi à jeudi soir, accompagné de plusieurs membres du gouvernement. Objectif affiché, donner un coup d’accélérateur à la reconstruction de l’île, frappée par le cyclone Chido il y a un an et demi. Le Premier ministre le reconnaît lui-même dans un courrier adressé aux maires de l’archipel. Les difficultés persistent dans de nombreux domaines, de l’accès à l’eau aux soins, en passant par la construction ou la rénovation des écoles. Les équipements publics accusent aussi des retards de livraison. Il dit comprendre et partager l’impatience des habitants.

Les chiffres donnent la mesure du retard. La loi votée en août 2025 prévoit près de 4 milliards d’euros pour réparer les dégâts causés le 14 décembre 2024, un cyclone qui a fait au moins 40 morts et détruit de nombreuses habitations. Mais sur les crédits engagés et délégués en 2026, seuls 12% ont réellement été dépensés. C’est bien trop peu, alors que de grands chantiers sont attendus depuis longtemps par la population. Un second hôpital, un nouvel aéroport, une deuxième prison ou encore une usine de dessalement figurent parmi les promesses. Le Premier ministre jure que ces projets sont définitifs et irréversibles. Il promet aussi de revenir début 2027 et d’installer un comité de suivi interministériel.

Sur place, le déplacement ne fait pas l’unanimité. Le sujet de l’immigration clandestine est au cœur des préoccupations. Dans cet archipel de 323 000 habitants, la moitié de la population est de nationalité étrangère, en majorité originaire des Comores voisines. La députée Estelle Youssouffa, pourtant proche du ministre de la Justice Gérald Darmanin, dénonce un simple tourisme ministériel qui friserait la provocation. Elle s’étonne que le chef du gouvernement débarque les mains vides. Du côté du Rassemblement national, la députée Anchya Bamana lui demande dans un courrier le démantèlement du camp de Tsoundzou 2, où vivent plus d’un millier de demandeurs d’asile dans des conditions précaires, et l’envoi d’un bateau de la Marine nationale pour surveiller les côtes. Les syndicats locaux, eux, appellent à des grèves et des manifestations pendant la visite pour réclamer une hausse des salaires et un alignement des droits avec ceux de la métropole.

Ce déplacement intervient dans un climat politique chargé. L’archipel, où Marine Le Pen a recueilli 59% des voix au second tour de la présidentielle de 2022, reste un terrain de conquête pour les candidats à l’élection d’avril et mai prochains, et la cheffe de file du RN y fait toujours figure de favorite. Édouard Philippe, venu la semaine dernière, a multiplié les propositions pour fermer les vannes de l’immigration, un sujet qui cristallise la colère des habitants et lui a valu des attaques de la gauche. Bruno Retailleau, lui, avait dénoncé avant les municipales de mars un État qui ne répond plus aux urgences. L’instabilité politique nationale, avec la censure du gouvernement de François Bayrou, explique en partie ces lenteurs, selon le Premier ministre. Mais pour les habitants, l’heure n’est plus aux promesses.

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