Planète
Le grand retour des baleines à bosse au large du Brésil
Elles étaient au bord de l’extinction il y a quarante ans. Aujourd’hui, des milliers de baleines à bosse repeuplent l’Atlantique Sud.


Elles étaient au bord de l’extinction il y a quarante ans. Aujourd’hui, des milliers de baleines à bosse repeuplent l’Atlantique Sud.
Au large de l’archipel d’Abrolhos, les coups de queue résonnent sur l’océan. Plusieurs mâles de baleines à bosse se disputent l’accès à une femelle, dans ce qui constitue le plus grand sanctuaire de reproduction de l’espèce dans l’Atlantique Sud. Un spectacle qui semblait impossible il y a encore quelques décennies. Ces géants des mers, capables d’atteindre 40 tonnes et 15 mètres de long, frôlaient l’extinction dans les années 1980. Leur population est aujourd’hui estimée à environ 35.000 individus dans l’Atlantique Sud, soit près de la moitié des baleines à bosse de la planète.
Ce rétablissement doit beaucoup à l’arrêt de la chasse commerciale et à des décennies de travail scientifique. Au Brésil, l’Institut de la baleine à bosse, fondé en 1996, mène des recherches depuis la ville de Caravelas, dans l’État de Bahia. C’est de là que partent la plupart des bateaux vers Abrolhos, situé à 70 kilomètres de la côte. « Quand on voit une baleine, on tombe amoureux, on se connecte à l’environnement différemment », raconte Eduardo Camargo, directeur de l’institut. Les cétacés affluent surtout entre juin et novembre, quand les femelles mettent bas et allaitent leurs petits dans les eaux tièdes.
Pour percer les secrets de ces animaux, les chercheurs vont les rencontrer en mer. Le biologiste Fabio Fontes, équipé d’un gilet, d’un casque et d’une arbalète, prélève un petit morceau de peau et de graisse sur le dos des baleines depuis un canot. Cet échantillon permet d’établir des liens de parenté entre les individus, explique Milton Marcondes, coordinateur de recherche de l’institut. C’est ainsi que l’équipe a découvert qu’une baleine née à Abrolhos était apparentée à une autre observée près de l’île de la Géorgie du Sud, à 4.000 kilomètres plus au sud. Une information précieuse pour retracer les routes migratoires de ces animaux, qui passent l’été austral à se nourrir de krill dans les eaux antarctiques avant de venir se reproduire sur les côtes brésiliennes.
Les scientifiques utilisent aussi l’imagerie. La tache blanche sur la queue de chaque baleine agit comme une empreinte digitale. Autrefois, comparer les photos prenait des heures. Grâce à la plateforme Happy Whale, qui s’appuie sur l’intelligence artificielle, l’identification ne prend plus que quelques secondes. Cet outil a déjà reconnu 8.300 baleines et a permis de suivre un spécimen qui a parcouru plus de 15.000 kilomètres entre Abrolhos et la côte australienne, un record pour un cétacé. « Les populations de l’hémisphère sud sont bien plus connectées que nous ne l’avions imaginé », souligne Milton Marcondes.
L’histoire de cette renaissance commence presque par hasard. Dans les années 80, personne ne savait que des baleines vivaient au large du Brésil. Enrico Marcovaldi, fondateur de l’institut, se souvient d’avoir pris une baleine pour un rocher. Il a ensuite lancé un projet de recherche qui a abouti à la création de l’IBJ. Le tout avec le soutien de la compagnie pétrolière Petrobras depuis trente ans. La chasse commerciale à la baleine a été interdite dans le monde en 1986, puis au Brésil en 1987. Sous l’impulsion de l’institut, Abrolhos est devenue une zone protégée et a été désignée en octobre « hope spot » (lieu d’espoir) par l’ONG Mission Blue, une reconnaissance de sa valeur écologique. En 2014, l’espèce a été retirée de la liste des espèces menacées au Brésil.
Mais la vigilance reste de mise. Les filets de pêche et le trafic maritime toujours plus dense menacent ces géants. La hausse de la température des océans, due au changement climatique, pourrait aussi réduire les populations de krill, leur nourriture de base. La survie des baleines à bosse de l’Atlantique Sud n’est donc pas totalement acquise, même si leur retour est l’une des belles réussites de la conservation marine.
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