Nous rejoindre sur les réseaux

Société

Aux États-Unis, l’accord qui promet de protéger les ados de Meta trébuche sur une question d’âge

La plupart des États américains ont obtenu de Meta des restrictions pour les ados sur Instagram et Facebook. Mais l’accord repose sur deux vérifications…

Article

le

Aux États-Unis, l'accord qui promet de protéger les ados de Meta trébuche sur une question d’âge

La plupart des États américains ont obtenu de Meta des restrictions pour les ados sur Instagram et Facebook. Mais l’accord repose sur deux vérifications que personne ne sait encore mener avec certitude.

Une grande partie des États américains est arrivée à un accord avec Meta pour limiter l’accès des adolescents à Instagram et Facebook. Ce compromis, signé mercredi, met fin à un procès fédéral ouvert à Oakland, en Californie. Meta a un an pour mettre en place des restrictions par défaut pour les 13-17 ans. Les parents auront le pouvoir d’assouplir le couvre-feu nocturne et les limites de temps.

Mais ce dispositif repose sur deux paris fragiles. D’abord, savoir quel âge a vraiment l’utilisateur. Ensuite, prouver qu’un adulte est bien le parent ou le tuteur légitime de l’adolescent. L’accord impose à Meta d’évaluer l’âge de tous les comptes dans les États concernés, y compris les adultes. La vérification peut passer par une pièce d’identité, une estimation ou une analyse de l’activité numérique. Au-delà de quatorze jours, tout compte non vérifié sera traité comme celui d’un adolescent, avec toutes les restrictions que cela implique.

Ces méthodes ont déjà montré leurs limites. En Australie, huit mois après l’interdiction des réseaux sociaux pour les moins de 16 ans, l’usage des ados est remonté presque à son niveau d’avant. Les VPN, les fausses déclarations et l’absence de contrôles ont eu raison de la mesure. Côté parental, l’accord ne dit pas comment établir qu’une personne est vraiment le parent superviseur. La juge Yvonne Gonzalez Rogers a posé la question mercredi. Un grand frère pourrait-il se faire passer pour le tuteur légitime, a-t-elle demandé. Un procureur de Californie, Nicklas Akers, a répondu qu’il y avait une part de flou très intentionnellement. Il a précisé qu’on ne demanderait pas aux parents un acte de naissance ni une pièce d’identité.

Du coup, les promesses de l’accord restent en partie théoriques. L’analyste Jasmine Enberg rappelle que les ados sont experts en contournements et que les parents peuvent lever les restrictions les plus strictes. Selon elle, ce report sur les familles pourrait même protéger Meta contre de futures poursuites. En France, où l’interdiction des réseaux sociaux aux moins de 15 ans vient d’être censurée par le Conseil constitutionnel, 27% des 10-14 ans décidés à contourner la règle comptaient sur l’aide de leurs parents, d’après l’Arcom.

L’accord fixe des objectifs chiffrés. Pour les vérifications faites par des tiers, avec pièce d’identité ou selfie, il ne faudra pas confondre plus de 3% des 13-15 ans avec des adultes. Pour la méthode maison de Meta, basée sur l’analyse de l’activité, la tolérance est plus large. Elle atteint 7% la première année chez les plus jeunes, puis 5% ensuite. Un contrôle indépendant sera mené chaque année pour vérifier l’efficacité des dispositifs.

Mais cette mécanique a un coût. Faute de pièce d’identité, Meta devra analyser l’activité de tous les utilisateurs pour estimer leur âge, y compris ceux qui utilisent des pseudonymes. L’association EFF, qui défend les libertés numériques, dénonce une surveillance nuisible inscrite dans la loi et une exposition des données aux piratages et aux réquisitions. L’accord prévoit pourtant des garde-fous, comme une utilisation des données limitée à l’estimation de l’âge et un recours pour les adultes pris à tort pour des mineurs. Le secteur y voit « l’intervention la plus significative que nous ayons jamais vue pour la sécurité des enfants en ligne », affirme le directeur de l’AVPA, le lobby des outils de vérification d’âge. L’inquiétude n’est pas seulement théorique. En octobre, 70.000 pièces d’identité collectées sur Discord pour vérifier l’âge avaient été volées chez un sous-traitant.

Faute de méthode éprouvée, chacun improvise. OpenAI bride ChatGPT pour les mineurs grâce à la détection de l’usage, une méthode que l’accord Meta autorise aussi. Mais dans l’Union européenne, le profilage des mineurs est si encadré qu’OpenAI a repoussé son déploiement depuis des mois. La France a esquissé une autre piste. Un tiers de confiance vérifie l’âge avec un système de double anonymat, déjà utilisé pour les sites pornographiques. Le vérificateur ne connaît pas le site qui fait la demande, et le site ne reçoit qu’une réponse simple, autorisé ou pas. Aux États-Unis, rien de tel. Meta vérifiera elle-même et gardera les données. Bruxelles enquête sur les fonctionnalités addictives du groupe de Mark Zuckerberg et réclame une protection au moins aussi bonne pour les mineurs européens. La balle est dans le camp de Meta, a lancé son porte-parole Thomas Regnier.

À lire aussi

Click to comment

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Les + Lus