Économie
La France évite la récession de justesse, la canicule plombe l’économie
La croissance est restée à zéro au printemps et les récoltes ont souffert des fortes chaleurs. L’objectif de Bercy pour 2026 s’éloigne déjà.


La croissance est restée à zéro au printemps et les récoltes ont souffert des fortes chaleurs. L’objectif de Bercy pour 2026 s’éloigne déjà.
Entre avril et juin, le produit intérieur brut de la France n’a pas avancé d’un centimètre. L’Insee a même corrigé ses premières estimations, qui tablaient sur une petite hausse de 0,2%, pour finalement annoncer une stagnation complète. Le premier trimestre a lui aussi été revu à la baisse, avec un recul de 0,2% au lieu de 0,1%. Le pays évite donc la récession technique de justesse, puisqu’il aurait fallu deux trimestres consécutifs de contraction pour entrer dans cette zone.
Les responsables de cette contre-performance sont identifiés. Les vagues de chaleur qui se sont enchaînées ont durement frappé les cultures et la production agricole. Le ministre de l’Économie, Roland Lescure, décrit un premier impact concret d’un été qu’il qualifie d’horrible. Il anticipe des récoltes très compliquées dans de nombreux secteurs et de nombreuses régions, et parle d’un effet massif sur l’activité. L’institut de statistiques justifie sa révision par une dégradation agricole encore plus marquée que ce qui était visible fin juillet.
Ces chiffres mettent à mal les prévisions du gouvernement pour l’année. Bercy espérait une croissance de 0,7% en 2026. Pour y arriver, il faudrait que l’économie progresse de 0,5% au troisième trimestre et de 0,5% au quatrième. Un scénario très peu crédible, entre les conséquences du conflit au Moyen-Orient et la poursuite des fortes chaleurs. L’acquis de croissance, c’est-à-dire le résultat annuel si le PIB restait figé pendant deux trimestres, plafonne à 0,3%. Les ministres de l’Économie et des Comptes publics promettent d’analyser très finement ces révisions et d’en tenir compte pour préparer un budget 2027 déjà difficile.
Les observateurs ne masquent pas leur inquiétude. Pour Charlotte de Montpellier, économiste chez ING, la France connaît un ralentissement plus prononcé que ses voisins européens. Mathieu Plane, de l’OFCE, parle d’un vrai coup d’arrêt sur les six premiers mois de l’année. Tous les voyants ne sont pourtant pas au rouge. La consommation des ménages a rebondi de 0,3% au printemps, après un trimestre négatif. L’investissement, lui, continue de reculer légèrement. Les exportations ont nettement accéléré, portées par l’aéronautique après un début d’année morose. Mais l’inflation est remontée à 2,4% en août, sous l’effet des prix de l’énergie.
L’emploi ne se porte pas mieux. Le secteur privé a perdu des postes et le public stagne, avec 23 500 emplois salariés en moins sur le trimestre. Les dépenses des ménages ont continué d’augmenter en juillet, mais les prix de l’énergie qui repartent à la hausse pourraient freiner cette dynamique. L’été caniculaire laisse des traces durables dans toute l’économie française.
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