Politique
La Guinée-Bissau se choisit un président tout-puissant
Les Bissau-Guinéens ont validé à 70% une nouvelle Constitution qui concentre les pouvoirs entre les mains du chef de l’État. Un choix lourd de…


Les Bissau-Guinéens ont validé à 70% une nouvelle Constitution qui concentre les pouvoirs entre les mains du chef de l’État. Un choix lourd de conséquences dans un pays secoué par un coup d’État il y a quelques semaines.
Dimanche, les électeurs ont répondu à une question simple. Veulent-ils remplacer le système semi-parlementaire par un régime présidentiel fort ? La réponse est oui, massivement. Selon les résultats provisoires annoncés mardi par la commission électorale, le oui recueille 70% des suffrages. Le texte donne au président le pouvoir de nommer et de révoquer le Premier ministre, de renvoyer le gouvernement et de dissoudre l’Assemblée nationale. Fini l’époque où le chef du gouvernement était issu de la majorité parlementaire. Fini aussi les cohabitations compliquées qui ont paralysé le pays par le passé.
Ce référendum ne tombe pas par hasard. Il a été organisé sous la houlette de la junte qui a renversé le président sortant Umaro Sissoco Embalo le 26 novembre dernier, la veille de l’annonce des résultats des élections présidentielle et législatives. Depuis, le général Horta N’Tam, un proche de l’ancien chef de l’État, dirige une transition d’un an. La Charte de Transition adoptée en décembre lui interdit de se présenter à la prochaine présidentielle. Le scrutin de dimanche est présenté par les autorités comme une étape nécessaire pour stabiliser les institutions avant le retour des civils au pouvoir, prévu le 6 décembre.
Mais tout le monde ne voit pas ce projet du même œil. L’opposition, à commencer par le PAIGC, le parti historique de l’indépendance, avait appelé au boycott. Elle dénonce un référendum organisé dans un climat de restrictions des libertés publiques. Les défenseurs des droits humains s’inquiètent aussi. « Le système présidentialiste que la junte veut imposer va concentrer tous les pouvoirs entre les mains d’un seul homme », a prévenu Abubacar Ture, président de la Ligue bissau-guinéenne des droits humains. Une mise en garde d’autant plus sérieuse que la Guinée-Bissau a connu cinq coups d’État et de nombreuses tentatives de putsch depuis son indépendance.
Ce pays d’Afrique de l’Ouest rejoint ainsi une liste déjà longue de nations du continent qui ont modifié leur Constitution pour renforcer l’exécutif ou allonger les mandats. Le Zimbabwe, la Guinée, le Togo, l’Ouganda et le Tchad l’ont fait ces dernières années. La présidente de la commission électorale, Carmen Izaura Lobo, a salué un référendum « transparent » et « crédible », sans cacher que les électeurs ne se sont pas bousculés dans les bureaux de vote. Reste à connaître la décision de la Cour suprême, qui doit valider les résultats définitifs dans les prochains jours.
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