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Quand l’argent coûte trop cher, États et ménages trinquent

La hausse des taux bat des records partout dans le monde. Les dettes publiques s’alourdissent et le crédit immobilier devient hors de prix.

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Quand l'argent coûte trop cher, États et ménages trinquent

La hausse des taux bat des records partout dans le monde. Les dettes publiques s’alourdissent et le crédit immobilier devient hors de prix.

Les marchés obligataires sont dans tous leurs états. Les rendements des emprunts d’État à long terme grimpent à des niveaux inédits, parfois jamais vus depuis des décennies. Au Japon, le taux à dix ans a dépassé 3% pour la première fois depuis 1996. La France, elle, est devenue le pays le plus risqué de la zone euro aux yeux des investisseurs, avec un rendement de 4,21%, au-dessus de celui de la Grèce. L’Allemagne n’est pas épargnée, son Bund à dix ans s’approchant de 3,35%, du jamais vu depuis 2011. Outre-Manche, les créanciers réclament une prime de 5,23% pour prêter sur dix ans, un casse-tête pour le nouveau Premier ministre travailliste.

Cette flambée a des répercussions très concrètes pour les ménages. Le crédit immobilier coûte plus cher, les banques répercutant dans leurs barèmes la dégradation de leurs conditions de financement. D’après un réseau de courtiers, les taux moyens des prêts immobiliers en France ont déjà grimpé à 3,23% sur quinze ans, 3,43% sur vingt ans et 3,53% sur vingt-cinq ans. À l’autre bout de la chaîne, les États très endettés voient le poids de leur dette s’alourdir. Le Trésor américain paie chaque année environ 1 200 à 1 300 milliards de dollars d’intérêts, selon un économiste. Côté français, la charge de la dette pourrait atteindre 64 milliards d’euros en 2026, un chiffre anticipé avant même que les taux ne passent un cap symbolique.

Pourquoi une telle dérive? Les chocs se succèdent depuis des années, du Covid aux guerres commerciales, en passant par les conflits en Ukraine et au Moyen-Orient. Ces perturbations de l’offre nourrissent l’inflation, qui ronge la valeur de l’épargne. Pour compenser ce risque, les investisseurs exigent des rendements plus élevés. Les banques centrales font de même en remontant leurs taux directeurs afin de freiner une inflation toujours élevée. Les marchés misent sur de nouvelles hausses des taux en zone euro et aux États-Unis. Dans la zone euro, l’inflation atteint 3,3% sur un an, du jamais vu depuis trois ans. Outre-Atlantique, elle dépasse encore 3,7%, bien loin de l’objectif de 2% affiché par la banque centrale.

Il y a une autre explication, tout aussi puissante. La bataille pour attirer l’épargne fait rage. Les États empruntent massivement, tout comme les entreprises qui veulent financer d’immenses projets d’investissement dans l’intelligence artificielle. L’offre de capitaux ne suit pas la demande, alors le prix de l’argent grimpe et devient volatil. Face à cette situation, le Trésor américain a lancé un programme renforcé d’achats d’obligations à long terme pour injecter de la liquidité. Il a aussi soutenu le yen japonais, afin d’empêcher les investisseurs japonais de vendre des obligations américaines pour défendre leur monnaie. Mais les résultats restent mitigés. Les rendements à 30 ans aux États-Unis flirtent avec des sommets qui n’avaient plus été vus depuis 2007.

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