Nous rejoindre sur les réseaux

Monde

Les oubliés d’Afghanistan réclament justice après vingt ans de guerre

Des milliers de civils afghans ont payé le prix fort pendant deux décennies de conflit. Aujourd’hui, un constat sans appel s’impose, ils sont laissés…

Article

le

Les oubliés d'Afghanistan réclament justice après vingt ans de guerre

Des milliers de civils afghans ont payé le prix fort pendant deux décennies de conflit. Aujourd’hui, un constat sans appel s’impose, ils sont laissés seuls face à leur douleur.

Les Nations unies ont publié une vaste enquête sur le sort des victimes civiles de la guerre qui a déchiré l’Afghanistan entre 2001 et 2021. Le constat est amer. La plupart de ces hommes, de ces femmes et de ces enfants meurtris n’ont obtenu ni justice, ni réparation, ni même une simple reconnaissance de ce qu’ils ont vécu. Les chiffres donnent le vertige. Plus de 40 000 civils ont perdu la vie et 77 000 autres ont été blessés, pris entre les attaques des talibans, celles du groupe État islamique, les opérations des forces gouvernementales et les frappes de la coalition internationale. Le monde est passé à autre chose, mais eux ne peuvent pas oublier. Une jeune femme résume ce sentiment avec des mots simples. Le monde nous a oubliés.

À Kaboul, la colline Tapa-e-Shuhada porte les traces de cette tragédie. Sur ses flancs s’alignent les tombes de victimes, pour beaucoup issues de la communauté hazara, souvent visée par les talibans ou l’EI. Il y a Suhaila, 21 ans, lunettes rondes, fauchée à l’université de Kaboul. Il y a Muhammad Hadi, 17 ans, tué dans un attentat contre une école en octobre 2020. Et il y a Mohammad, 25 ans, blessé lors de cette même attaque. Il préfère taire son nom, la peur est toujours là. Cet étudiant issu d’une famille modeste rêvait de devenir ingénieur informatique pour changer de vie. Aujourd’hui, il travaille comme tailleur, le cerveau embrumé par les séquelles psychologiques. Dans son salon aux murs blancs, sa mère raconte les nuits entrecoupées de cauchemars. L’enquête des Nations unies révèle que 95% des personnes interrogées souffrent de troubles psychologiques, pertes de mémoire, dépression, pensées suicidaires.

À Logar, au sud de Kaboul, Khan Yousufi, un paysan de 46 ans, garde en mémoire un après-midi cauchemardesque. Son fils de huit ans jouait devant la maison quand un char de la police de la République afghane a tiré. L’enfant a été tué sur le coup. Sa femme s’est précipitée, elle a été grièvement blessée à son tour. Depuis, cet homme a tout tenté pour obtenir justice. Il est allé voir la police, le gouverneur, la direction de la sécurité. Rien. Après l’arrivée au pouvoir des talibans, il a de nouveau frappé aux portes, sans résultat. Personne ne nous a écoutés, lâche-t-il. Il ne réclame pas vengeance, il voudrait simplement que le responsable soit jugé pour que d’autres ne vivent pas la même horreur.

Pourquoi un tel vide judiciaire ? Les Nations unies pointent plusieurs responsabilités. Pendant la République, d’anciens chefs de guerre siégeaient au gouvernement et un plan d’action pour la paix, la réconciliation et la justice n’a jamais été pleinement appliqué. En 2020, l’accord signé entre les États-Unis et les talibans ne disait rien des droits des victimes. Et depuis qu’ils sont au pouvoir, les talibans ont adopté une loi d’amnistie, sans jamais montrer d’intention de juger les violations commises pendant la guerre. Les rares procédures menées à l’étranger, comme l’inculpation d’un ex-officier australien ou une décision de justice néerlandaise, restent des exceptions. La Cour pénale internationale, elle, a limité son enquête aux crimes des talibans et de l’EI, suscitant une question troublante. Qu’est-ce qui rend certaines victimes plus dignes d’obtenir justice que d’autres ?

Faute de réparations, les victimes tentent de reconstruire des vies en morceaux. Khan Yousufi voudrait de l’aide pour que sa femme reçoive de meilleurs soins. Mohammad, lui, rêve d’une bourse et d’un accompagnement pour les anciens étudiants brisés comme lui. Pour que nous puissions retrouver nos espoirs, dit-il. Une phrase qui résonne comme un appel, vingt ans après le début d’une guerre dont les plaies sont loin d’être refermées.

À lire aussi

Click to comment

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Les + Lus