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Le Sénégal veut fabriquer ses satellites chez lui, et ça commence à Montpellier

Des ingénieurs sénégalais assemblent en France une brique de leur deuxième nanosatellite. L’objectif est de produire un jour entièrement au pays.

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Le Sénégal veut fabriquer ses satellites chez lui, et ça commence à Montpellier

Des ingénieurs sénégalais assemblent en France une brique de leur deuxième nanosatellite. L’objectif est de produire un jour entièrement au pays.

Dans le laboratoire stérile de Montpellier, les gestes sont précis et lents. Coiffés de charlottes et gantés de blanc, des ingénieurs sénégalais manipulent une petite boîte noire qui tient dans une main. Ce module constitue une partie d’un nanosatellite, le Gaindesat-1B, chargé de collecter des données environnementales et climatiques. C’est la deuxième machine du programme Sensat, et elle marque un tournant. Pour le premier satellite, lancé en 2024, l’université de Montpellier avait joué les accompagnateurs. Pour celui-ci, l’accompagnement a disparu. Gayane Faye, responsable du programme, l’affirme. Le processus de fabrication est désormais maîtrisé.

Derrière cet atelier se joue une bataille plus large. Le Sénégal a fait de la souveraineté un mot d’ordre économique et politique, et il n’est pas seul. Les budgets spatiaux des pays africains sont passés de moins de 300 millions de dollars en 2018 à 800 millions aujourd’hui. Le nombre d’États engagés est monté de huit à vingt. L’Union africaine a installé sa nouvelle agence spatiale au Caire. Et Paris s’apprête à accueillir le Sommet international sur l’espace, avec des représentants africains attendus.

Le continent ne part pas de zéro. L’Égypte a placé son premier satellite en orbite dès 1998. Le Nigeria a fondé son agence en 1999, envoyé son premier engin dans l’espace en 2003 et gère aujourd’hui deux satellites, l’un pour les communications, l’autre pour la défense. L’Afrique du Sud, autre pionnière, suit les communications de centaines de lancements depuis sa station au sol. Une seconde station, construite avec la Nasa, devrait être achevée d’ici deux ans. Et de nouveaux acteurs arrivent. La Côte d’Ivoire vient de nommer le patron de sa première agence spatiale et accueillera bientôt l’African Space Expo.

L’intérêt n’est pas que symbolique. Les données envoyées par les satellites aident à mieux gérer l’urbanisation, à surveiller l’environnement et à préparer les réponses au changement climatique. Les agriculteurs et les pêcheurs sont en première ligne. Mais placer un engin en orbite ne suffit plus, insiste Richard Folly, spécialiste des risques d’inondation chez African Geospace. Il faut désormais mesurer ce que le satellite rapporte à l’économie, à la stratégie et à la société.

Reste la question de l’indépendance. Le Nigeria, pionnier, ne fabrique toujours pas sa technologie sur place. Le Sénégal, de son côté, achète des images satellites et doit parfois renoncer à certains services faute de budget, reconnaît Gayane Faye. Les équipes de Sensat préparent donc la suite. Le troisième satellite devra embarquer une charge utile développée sur place. Un centre de construction doit aussi voir le jour près de Dakar. Et le quatrième, si tout suit son cours, pourrait être assemblé entièrement au Sénégal. La boîte noire travaillée à Montpellier n’est que le premier chapitre de cette histoire.

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