Société
Dénoncer une personnalité peut ruiner la vie des victimes, prévient Florence Porcel
La plaignante à l’origine de l’affaire PPDA raconte comment la parole des victimes se retourne contre elles. Son livre, nourri de quinze témoignages…

La plaignante à l’origine de l’affaire PPDA raconte comment la parole des victimes se retourne contre elles. Son livre, nourri de quinze témoignages, appelle à un changement de mentalité.
Florence Porcel ne mâche pas ses mots. Accuser une célébrité de viol, c’est accepter de payer un prix immense. En 2021, l’écrivaine dépose plainte contre Patrick Poivre d’Arvor, ancien présentateur vedette de TF1. Deux ans plus tard, l’ancien présentateur est mis en examen pour l’un des deux faits qu’elle lui reproche. Depuis, au moins quarante-cinq femmes l’ont accusé devant la justice de les avoir violées, agressées ou harcelées sexuellement. Patrick Poivre d’Arvor nie vigoureusement les faits. Mais pour celle qui a déclenché l’affaire, la vie a basculé. « Je passe littéralement à côté de ma vie », confie-t-elle. Les traumatismes lui ont pris sa vie personnelle, et les contrats se sont évaporés après que son dépôt de plainte a été rendu public sans son accord.
Elle raconte cette traversée dans un ouvrage publié chez Hugo Publishing, « Parler ou se taire. Ce qu’il en coûte de s’attaquer à des hommes puissants ». Son récit y côtoie celui de quatorze autres personnes, des femmes et un homme, célèbres ou anonymes, qui ont tous osé dénoncer une personnalité influente. Tous décrivent le même mécanisme. L’opinion les transforme en épouvantails. On les imagine prêts à tout pour la gloire et l’argent. On leur reproche d’avoir parlé trop tard. On les soupçonne de vouloir détruire des vies par simple plaisir de nuire ou d’utiliser les médias comme une arme.
Au terme de trois ans d’enquête, Florence Porcel rend un constat très dur. Dénoncer des violences sexistes, sexuelles ou conjugales commises par une personne célèbre conduit souvent à une mort sociale. C’est aussi un suicide professionnel et une destruction de réputation pour les victimes.
Pour en arriver là, elle a réuni un panel très varié. Les quatorze autres plaignants forment un échantillon de treize femmes et un homme, nés entre les années 1970 et 2000. Le grand public en connaît certains, et ignore tout des autres. Leurs origines sociales et géographiques n’ont rien en commun. Ce qui les rassemble, c’est d’avoir mis en cause une personnalité. Parmi eux, Sandrine Rousseau et Charlotte Arnould. La députée a porté plainte en 2016 pour agression sexuelle contre l’ancien député Denis Baupin. La comédienne accuse Gérard Depardieu de viol. Toutes deux saluent le travail de Florence Porcel. Sandrine Rousseau estime que le livre documente leurs ressentis avec force et les sort de l’assignation à l’émotion, pour montrer que ces affaires relèvent d’un système. Charlotte Arnould souligne l’audace des recommandations formulées pour que les médias changent de traitement.
Florence Porcel ne se contente pas de collecter des témoignages. Elle veut démonter les idées reçues sur les victimes. Beaucoup de gens partent du principe qu’une accusation portée contre une personnalité admirée est douteuse. Or une étude menée par la chercheuse britannique Liz Kelly sur des viols en Europe aboutit à un tout autre constat. Les fausses allégations n’y représentent que 6% des cas. Le public a donc statistiquement tort de se méfier des plaignants. L’autrice comprend l’attachement que l’on peut éprouver pour une figure que l’on suit depuis longtemps. Mais cet attachement ne devrait pas servir à discréditer celles et ceux qui parlent.
Elle raconte aussi ce que porter plainte implique dans la durée. L’acte lui-même relève d’un désir absolu de justice. Il peut être une façon de se reconstruire, parfois le seul moyen d’avancer après les violences. Mais la procédure impose de rester en permanence relié à la personne que l’on était au moment des faits, celle qui a été violentée et qui est lourde à porter. Florence Porcel décrit cet entre-deux comme inconfortable, pesant, anxiogène et épuisant.
Elle a conscience de brosser un tableau peu engageant de la justice. Mais elle refuse de taire cette réalité, estimant qu’il est d’utilité publique d’informer, quitte à décourager d’éventuelles plaintes. Son objectif, à plus long terme, est plus ambitieux. Elle espère que son travail créera une rupture dans les mentalités et que les choses changeront en profondeur. « Si on change de paradigme, on change le monde », fait-elle valoir.
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