Europe
L’AfD roule sur les mobylettes d’une famille juive persécutée pour séduire les nostalgiques de l’Est
Dans l’est de l’Allemagne, les deux-roues Simson sont devenues le symbole de campagne de l’extrême droite. Pour les descendants des fondateurs, cette…


Dans l’est de l’Allemagne, les deux-roues Simson sont devenues le symbole de campagne de l’extrême droite. Pour les descendants des fondateurs, cette image est un affront à la mémoire des leurs, chassés par les nazis.
Ulrich Siegmund mène la danse sur une file de centaines de cyclomoteurs. Candidat de l’AfD en Saxe-Anhalt, ce trentenaire récupère la nostalgie de l’Allemagne de l’Est et l’utilise comme carburant électoral. Dans la Thuringe voisine, Björn Höcke, porte-voix de l’aile la plus radicale du parti, joue lui aussi les motards au guidon d’une Simson. Cette marque mythique évoque pour beaucoup une certaine liberté, pourtant elle réveille une tout autre histoire chez Dennis Baum. Ce descendant de la famille à l’origine de l’entreprise vit à New York et n’en peut plus de voir ce nom associé à un parti qu’il juge dangereux.
L’engouement pour ces machines est bien réel. Au temps de la RDA, les listes d’attente pour une automobile comme la Trabant duraient des années, poussant les jeunes vers les deux-roues. La Simson, et surtout son modèle Schwalbe, a équipé des générations entières. Aujourd’hui, des passionnés se retrouvent pour les restaurer et les exhiber. Les exemplaires immatriculés avant 1992 ont un autre avantage, celui de rouler à 60 km/h au lieu de 45 pour les cyclomoteurs modernes de même catégorie. Un conservateur du Musée de la RDA à Berlin, qui a lui-même usé de ces engins, explique pourquoi cet argument séduit toujours les habitants des zones rurales.
Derrière l’image d’un produit du socialisme se cache une tragédie plus ancienne. La société Simson a vu le jour à Suhl au XIXe siècle sous l’impulsion des frères juifs Löb et Moses Simson, deux entrepreneurs. Elle fabriquait des fusils, des bicyclettes et des voitures haut de gamme jusqu’à ce que les nazis s’en prennent à ses propriétaires. Harcelés, emprisonnés, réduits à vendre leur patrimoine pour une bouchée de pain, les Simson n’ont eu d’autre choix que de fuir l’Allemagne. Après la guerre, le régime communiste de l’Est a récupéré les installations et a continué à produire sous ce nom grâce à un accord informel avec les héritiers. Dennis Baum a passé des années dans des procédures pour récupérer les biens confisqués et pensait en avoir fini avec ce chapitre.
Mais l’ascension de l’AfD a rouvert la plaie. Dimanche, Ulrich Siegmund peut devenir le premier dirigeant d’un gouvernement régional d’extrême droite depuis 1945 s’il décroche la majorité absolue au parlement de Saxe-Anhalt. Plusieurs cadres du parti minimisent les crimes nazis, d’autres entretiennent des liens avec des mouvances interdites. Baum s’est rendu en Allemagne pour raconter ce que sa famille a subi. Il voit dans ces virées en Simson bien plus qu’un simple clin d’œil aux souvenirs d’avant la chute du Mur. C’est le visage d’un parti qu’il refuse de laisser s’emparer de son nom.
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