Faits Divers
Lida Moniava, l’humanitaire que Moscou voulait faire taire, reste libre sous surveillance
L’accusée risque dix ans de prison pour avoir dénoncé les actions de l’armée russe en Ukraine. À sa sortie du tribunal, ses soutiens l’ont acclamée.


L’accusée risque dix ans de prison pour avoir dénoncé les actions de l’armée russe en Ukraine. À sa sortie du tribunal, ses soutiens l’ont acclamée.
Des applaudissements, des cris et une femme qui sort la tête haute. L’audience vient de s’achever à Moscou, et la justice a choisi de ne pas envoyer Lida Moniava en détention provisoire. Cette responsable humanitaire, poursuivie pour avoir diffusé des informations jugées fausses sur l’armée russe, reste toutefois sous contrôle judiciaire au moins jusqu’au 30 octobre. Concrètement, elle n’a pas le droit de quitter son domicile à certaines heures, ne peut pas utiliser Internet ni entrer en contact avec les témoins de l’affaire. Des dizaines de personnes massées devant le tribunal ont salué sa sortie en applaudissant et en scandant son prénom.
L’arrestation de cette femme de 38 ans remonte à la veille de l’audience. Selon le comité d’enquête russe, elle a diffusé sur Telegram de fausses informations sur les actions des forces armées contre la population civile en Ukraine. Son avocat précise que le dossier s’appuie sur un message publié le 24 février 2023, jour du premier anniversaire de l’offensive russe. Dans ce texte, Lida Moniava évoquait les milliers de victimes civiles en se référant aux chiffres des Nations unies et lançait un appel pour venir en aide aux réfugiés ukrainiens installés en Russie. Cette infraction figure dans le code pénal russe depuis les tout premiers jours du conflit, et elle est devenue l’un des outils favoris du pouvoir pour museler les voix critiques.
Lida Moniava est avant tout une figure humanitaire. Elle a construit sa notoriété en fondant à Moscou un centre de soins palliatifs pour enfants. Elle porte aussi un fonds caritatif destiné aux enfants malades, baptisé mayak.help, qui a longtemps apporté son soutien aux réfugiés ukrainiens en Russie. Suivie par des milliers de personnes sur les réseaux sociaux, elle incarne une société civile engagée sur le terrain, loin des affrontements politiques.
Avant l’audience, les enquêteurs ont passé des heures à essayer de la convaincre de plaider coupable. En vain. « Je ne me sens pas coupable. Je veux que la guerre se termine au plus vite », a-t-elle lancé aux journalistes. Dans la plupart des affaires de ce type, les accusés sont placés en détention provisoire dans l’attente de leur procès, ce qui rend la décision annoncée presque exceptionnelle. Pour Amnesty International, ces poursuites visent pourtant à réduire au silence l’une des plus grandes figures du secteur caritatif russe. Lida Moniava, elle, assure qu’elle continuera à travailler et à tenir des réunions, même si cela signifie rester loin de son ordinateur.
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