Politique
L’aide d’urgence aux agriculteurs se fait attendre, les syndicats montent au créneau
Les annonces d’aide aux agriculteurs sont reportées de quelques jours. Le monde agricole s’inquiète et prévient que la détresse ne peut plus attendre.


Les annonces d’aide aux agriculteurs sont reportées de quelques jours. Le monde agricole s’inquiète et prévient que la détresse ne peut plus attendre.
Le plan d’aide d’urgence était sur le point d’être présenté. Le ministère de l’Agriculture a expliqué que les sommes en jeu sont si importantes que plusieurs ministères doivent encore se concerter pendant quelques jours. Un délai de plus, et un de trop pour le monde agricole. La FNSEA redoute que ces quelques jours ne deviennent des semaines entières. Un luxe que les fermes ne peuvent pas se permettre alors que les semis de blé doivent démarrer très prochainement.
Arnaud Rousseau, président de la FNSEA, est formel. Chaque décision compte et les éleveurs sont dans l’urgence la plus totale. Sans achat immédiat de fourrage, ils devront envoyer leurs bêtes à l’abattoir faute de pouvoir les nourrir, puisque l’herbe ne repousse pas dans les prairies. Beaucoup d’exploitants se demandent même s’ils doivent arrêter ou suspendre leur activité, faute de moyens pour acheter des semences ou de quoi nourrir les animaux. Le constat ne concerne pas seulement quelques cas isolés. Des enquêtes montrent que ce dilemme traverse les campagnes. Le syndicat des Jeunes agriculteurs, allié de la FNSEA, juge ce report particulièrement négatif. Il estime que le gouvernement n’a pas pris la mesure de la crise qui couve.
Les autres organisations agricoles ne disent pas autre chose. Stéphane Galais, porte-parole de la Confédération paysanne, prévient que si ce retard aboutit à de simples mesures d’accompagnement d’un plan social qui ne dit pas son nom, ce serait un scandale. Son syndicat réclame une aide directe de 5 000 euros par exploitation, une enveloppe totale de deux milliards d’euros, pour éviter qu’aucune ferme ne disparaisse. Bertrand Venteau, président de la Coordination rurale, n’a pas été consulté et ne se dit pas surpris. Il rappelle que les agriculteurs ne peuvent pas attendre que l’État règle ses arbitrages budgétaires.
Côté financement, les syndicats se regardent en chien de faïence. Les Jeunes agriculteurs proposent une nouvelle contribution générale sur l’impôt, sur le modèle de l’impôt sécheresse de 1976, pour soutenir les exploitations dans la durée. Arnaud Rousseau juge ce chemin trop long et préfère compter sur les consommateurs. Il suffirait, selon lui, d’accepter de payer quelques centimes de plus pour des légumes qui ne correspondent pas aux calibres habituels, et qu’il qualifie avec humour de légumes à la gueule cassée. Il écarte aussi l’aide forfaitaire que défend la Confédération paysanne, en expliquant que des enveloppes distribuées par les préfets seraient plus fines et plus adaptées. Les dégâts dépassent peut-être 10 milliards d’euros, mais il ne s’attend pas à une compensation intégrale. Il espère un électrochoc de plusieurs milliards pour renflouer les trésoreries et relancer les productions dès 2027.
La Coordination rurale, elle, veut tout réparer. Son président affirme qu’un syndicat ne doit pas demander moins que la totalité des pertes. Les contrôles administratifs fâchent aussi. Beaucoup d’agriculteurs n’ont pas pu semer des couverts végétaux ou laisser fleurir leurs jachères parce que la terre est trop sèche. Or ces gestes sont obligatoires pour toucher certaines aides européennes et le non-respect expose à des sanctions. La FNSEA réclame de l’intelligence administrative et rappelle qu’on ne dresse pas un procès-verbal à un accidenté avant de le soigner. La Coordination rurale préfère supprimer carrément l’Office français de la biodiversité, qui est chargé de ces contrôles. Pendant ce temps, les jours passent et rien ne pousse.
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