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Yorgen Fenech, accusé du meurtre de Daphne Caruana Galizia, est libre et la colère gronde à Malte

Le magnat jugé pour avoir orchestré l’assassinat de la journaliste Daphne Caruana Galizia est ressorti libre du tribunal sous les huées. Des centaines de…

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Yorgen Fenech, accusé du meurtre de Daphne Caruana Galizia, est libre et la colère gronde à Malte

Le magnat jugé pour avoir orchestré l’assassinat de la journaliste Daphne Caruana Galizia est ressorti libre du tribunal sous les huées. Des centaines de manifestants dénoncent un verdict qui ravive une affaire vieille de près de neuf ans.

Des centaines de personnes ont envahi les rues de La Valette pour pousser un même cri. Celui de la colère, après le jugement qui vient de tomber. Yorgen Fenech, ce riche homme d’affaires maltais accusé d’avoir commandité le meurtre de Daphne Caruana Galizia, a quitté le palais de justice sans menottes. Aux abords du bâtiment, la foule a scandé le mot « assassin » alors qu’il s’éloignait.

Ce verdict ravive une blessure profonde dans ce petit État méditerranéen. Daphne Caruana Galizia a été tuée par l’explosion de sa voiture piégée, près de son domicile, il y a près de neuf ans. Celle que Malte surnommait « WikiLeaks à elle seule » avait fait de la lutte contre la corruption son combat quotidien. Ses enquêtes révélaient les relations troubles entre les milieux économiques et le sommet de l’État. Sa plume était devenue si redoutée qu’elle en est devenue une cible. Son assassinat a projeté l’île sur le devant de la scène européenne, exposant ses fragilités en matière d’État de droit.

Depuis le drame, la justice a déjà rendu quelques verdicts. Deux frères ont été reconnus coupables d’avoir fabriqué, posé et déclenché la bombe. Chacun a écopé de quarante ans de prison. Plus récemment, deux autres hommes ont été condamnés à la réclusion à perpétuité pour avoir fourni l’explosif. Cinq personnes au total ont été impliquées dans ce dossier, du côté des exécutants et des fournisseurs. Mais celui que les enquêteurs présentaient comme le cerveau de l’opération est aujourd’hui libre. L’incompréhension est immense, aussi bien chez ses proches que parmi les défenseurs de la liberté de la presse.

L’opposition maltaise ne compte pas en rester là. Le Parti nationaliste, qui avait appelé à la mobilisation, réclame une session extraordinaire du Parlement, alors que les élus sont en vacances d’été. Les organisations internationales montent également au créneau. Reporters sans frontières dit se trouver au-delà de l’indignation et somme les autorités d’agir enfin pour garantir une justice complète et protéger les journalistes. Le gouvernement maltais, lui, se contente de prendre acte du jugement et demande une certaine retenue dans les commentaires publics.

La famille de Daphne Caruana Galizia refuse, pour sa part, de tourner la page. Elle demande que tous ceux qui ont aidé, couvert ou protégé les meurtriers rendent enfin des comptes. Une enquête publique avait déjà pointé la responsabilité de l’État dans cet assassinat, en raison du climat d’impunité laissé s’installer. L’affaire avait d’ailleurs coûté sa place au Premier ministre Joseph Muscat, poussé à la démission en pleine tourmente politique. Aujourd’hui, la remise en liberté de Yorgen Fenech laisse planer de nouvelles interrogations sur la capacité de Malte à faire éclater toute la vérité.

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