Économie
L’Allemagne redresse la barre économique et joue la prudence
Les grands instituts allemands relèvent nettement leurs prévisions de croissance pour 2026. Mais entre argent public, prix de l’énergie et fragilités…


Les grands instituts allemands relèvent nettement leurs prévisions de croissance pour 2026. Mais entre argent public, prix de l’énergie et fragilités structurelles, la reprise reste sur un fil.
L’Allemagne n’est pas encore sortie de l’ornière, mais elle voit enfin une lueur au bout du tunnel. IfW, RWI et Ifo, les trois principaux instituts économiques du pays, ont tous révisé leurs prévisions à la hausse jeudi. Ils attendent désormais une croissance du PIB d’environ 1,3% cette année, contre 0,8% jusqu’ici. Une progression qui peut sembler modeste, mais qui traduit un changement de climat notable pour la première économie européenne, après des années de stagnation et de débats sur son déclin.
Comment expliquer ce sursaut ? D’abord, l’État met la main au portefeuille. Les dépenses publiques consacrées aux infrastructures, à la neutralité climatique et à la défense représentent une relance budgétaire de près de 40 milliards d’euros, soit 0,8% du PIB. À cela s’ajoute une demande industrielle qui se redresse, portée par une économie mondiale plus vigoureuse, notamment côté européen. Les carnets de commandes se remplissent et les exportations reprennent des couleurs. Autant de signaux qui poussent les instituts à croire à un regain d’activité malgré un environnement géopolitique toujours instable.
Mais il serait trompeur de crier victoire trop vite. La guerre en Iran fait flamber les prix de l’énergie et cela pèse directement sur le portefeuille des ménages. La consommation reste donc modérée, et l’inflation ne va pas s’apaiser tout de suite. Les instituts prévoient 2,8% de hausse des prix cette année, puis 3,0% en 2027, avant un reflux à 2,3% en 2028. De quoi rogner le pouvoir d’achat des Allemands et freiner l’élan de la reprise. Côté industrie, le RWI met aussi en garde sur la qualité du rebond des exportations. Les récents gains pourraient n’être qu’un effet temporaire, un simple rattrapage après les perturbations liées aux droits de douane, plutôt qu’une vraie amélioration de la compétitivité allemande.
Sur le long terme, les instituts restent mesurés. Ils rappellent que les faibles performances passées de l’Allemagne viennent surtout de problèmes structurels, et ceux-ci ne disparaîtront pas du jour au lendemain. Pour 2027, la croissance est toujours attendue à 1,0%, puis à seulement 0,5% en 2028. L’investissement privé devrait d’ailleurs rester prudent, les entreprises attendant probablement un cadre plus stable avant de se lancer. Autrement dit, l’Allemagne savoure ce répit conjoncturel, sans perdre de vue que sa modernisation profonde reste un chantier de longue haleine.
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