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Koweït les Iraniens retiennent leur souffle face à la guerre qui s’invite chez eux

Entre bombardements qui frappent leur pays d’accueil et liens avec Téhéran, la communauté iranienne du Koweït vit une période de plus en plus tendue. Un…

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Koweït les Iraniens retiennent leur souffle face à la guerre qui s'invite chez eux

Entre bombardements qui frappent leur pays d’accueil et liens avec Téhéran, la communauté iranienne du Koweït vit une période de plus en plus tendue. Un restaurant persan a même choisi de gommer toute référence à l’Iran de son enseigne.

C’est un détail qui en dit long. Dans un restaurant persan réputé du Koweït, on ne trouve plus aucune trace du mot Iran sur la devanture. L’établissement, qui s’appelait « Abshar El Kuwait », a discrètement retiré l’origine iranienne de son nom. Un employé explique que la direction a pris cette décision à cause de la « sensibilité » du moment. Pas question pour autant de parler de crise économique. L’homme précise que l’activité n’a pas souffert et que des clients, Koweïtiens comme étrangers, font toujours la queue devant la porte.

Derrière cette prudence, il y a une réalité plus lourde. Depuis la fin février et le début des frappes israélo-américaines contre l’Iran, la République islamique a visé à plusieurs reprises des installations pétrolières, des infrastructures civiles et des bases américaines dans le Golfe. Le Koweït n’est pas épargné. Après une accalmie en août, de nouvelles attaques ont touché le pays ces derniers jours, dont l’une a mis le feu à un complexe résidentiel dans la capitale. Autant dire que la communauté iranienne locale, forte d’environ 52.000 personnes dans un émirat de près de cinq millions d’habitants, se retrouve dans une position inconfortable. Hussein, un commerçant de 35 ans qui préfère garder l’anonymat, vit au Koweït depuis 18 ans et considère ce pays comme son « deuxième pays ». Il décrit une « période extrêmement difficile » et ne cache pas sa tristesse.

Sur le marché historique de Moubarakiyah, où les Iraniens représentent près de 40% de la main-d’œuvre, les visages restent fermés. Hussein dirige une grosse entreprise de textile et ne peut plus rendre visite à sa fille restée en Iran. Le trafic aérien entre les deux pays a été fortement perturbé après le 28 février. Pourtant, les affaires continuent tant bien que mal. Les échanges commerciaux entre le Koweït et l’Iran atteignaient environ 300 millions de dollars en 2024, avec principalement des produits alimentaires, des tapis et des matériaux de construction venus d’Iran. Hussein assure que ses clients koweïtiens restent sympathiques. Deux autres commerçants interrogés disent la même chose malgré un « sentiment général d’inquiétude ». Ali, un Iranien d’une trentaine d’années qui travaille sur le marché de l’or, résume la situation en une phrase simple. « Nous avons le sentiment d’être pris entre deux feux. »

Les autorités koweïtiennes, elles, durcissent le ton. Elles ont renforcé la répression contre les personnes soupçonnées d’être liées aux Gardiens de la Révolution, la puissante force armée de Téhéran. Le mois dernier, la seule école iranienne du pays a été fermée par les autorités, sans explication officielle. Alors les Iraniens de l’émirat marchent sur des œufs. « Nous voulons simplement vivre et gagner notre vie », glisse Ali. Personne ne souhaite commenter la politique de son pays d’origine. Mais sur le marché de Moubarakiyah, les pâtisseries au tahiné continuent d’attirer les clients et les commerçants iraniens restent profondément ancrés dans le paysage local. Une Koweïtienne d’une cinquantaine d’années, qui préfère elle aussi taire son nom, résume le paradoxe avec une pointe d’émotion. « Les Iraniens sont partout ici. Ils font partie de l’histoire du Koweït, et il est impossible d’imaginer se passer d’eux. »

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