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Le moulin de 1830 qui défie l’agro-industrie américaine

Chuck Childers se lève avant l’aube pour faire tourner un moulin bicentenaire dans le Tennessee. Son objectif est de remettre la mouture à la pierre au…

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Le moulin de 1830 qui défie l'agro-industrie américaine

Chuck Childers se lève avant l’aube pour faire tourner un moulin bicentenaire dans le Tennessee. Son objectif est de remettre la mouture à la pierre au goût du jour.

Dans l’est du Tennessee, Chuck Childers maintient en vie un moulin construit en 1830 sur les bords de la Little Pigeon River. Sa meule en granit pèse plus de 900 kilos et écrase un maïs cultivé localement, sans OGM ni additifs. Le meunier, âgé de 68 ans, refuse de voir ce lieu comme un simple vestige du passé. Il croit au retour des aliments entiers, préparés comme au temps de nos arrière-grands-mères. Une façon pour lui de répondre à la demande croissante de nourriture saine aux États-Unis.

Son combat rejoint celui de Danielle Nierenberg, présidente de l’association Food Tank. Elle rappelle que les procédés industriels retirent une grande partie des fibres des céréales. Redonner vie aux moulins traditionnels est donc essentiel, alors que des milliers d’entre eux tournaient autrefois dans les Appalaches. Mais la réalité économique est brutale. Les grandes usines produisent cent fois plus et les petits ateliers ont fermé un à un. John Lovett, un meunier à la retraite, estime qu’il en reste moins de cent sur tout le territoire.

Le défi est encore plus lourd dans le Tennessee, une région marquée par la précarité et le manque d’accès aux produits frais. Beaucoup d’habitants ne se sentent pas concernés par ce combat. Pourtant, certains voient une lueur d’espoir. Clive Valentine, installé à Dandridge, a construit son propre moulin et constate un vrai changement depuis la pandémie de Covid-19. Les gens se demandent désormais ce qu’ils mettent dans leurs assiettes. Il recevait une vingtaine de visiteurs par week-end il y a quelques années. Aujourd’hui, ils sont dix fois plus.

Le mouvement gagne aussi les cuisines. Le chef Derek Green, qui tient le restaurant The Appalachian à Sevierville, fait la promotion du concept de la ferme à la table. Il sait que les produits bio et les farines moulues à l’ancienne restent trop chers pour beaucoup d’Américains, mais il sent un élan bien réel. Danielle Nierenberg veut convaincre les pouvoirs publics de rediriger une partie des subventions agricoles vers ces moulins traditionnels. L’Amérique rurale traverse une crise profonde, avec des agriculteurs qui font faillite chaque jour. Pour elle, une porte de sortie existe pourtant. Si les producteurs cultivent et transforment ces aliments, les consommateurs finiront par les acheter.

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