Nous rejoindre sur les réseaux

Planète

L’Himalaya s’effondre, les Népalais demandent des comptes aux pollueurs

Une semaine après la vague meurtrière de glace et de débris, le bilan dépasse les 1.200 morts. Derrière la sidération, la colère monte contre un…

Article

le

L'Himalaya s'effondre, les Népalais demandent des comptes aux pollueurs

Une semaine après la vague meurtrière de glace et de débris, le bilan dépasse les 1.200 morts. Derrière la sidération, la colère monte contre un dérèglement que ce pays n’a pas provoqué.

Pemba Chhring Tamang se souviendra toujours de la masse sombre qui s’est engouffrée dans la vallée. Ce Népalais de 57 ans, évacué du district de Rasuwa, a vu sa maison et celles de ses voisins disparaître sous un mélange d’eau, de glace et de débris. Quelques instants ont suffi pour réduire à néant des décennies de vie. Il avait entendu à la radio des histoires de crues et d’un climat qui change, mais jamais il n’avait imaginé une vague pareille. Son village n’existe plus. Il confie que toute son existence était là et que l’avenir, maintenant, lui semble vide.

La catastrophe ne touche pas qu’une poignée de familles. Les autorités népalaises et chinoises recensent plus de 1.200 morts et près de 4.700 disparus, des chiffres encore provisoires. Les sauveteurs continuent de fouiller les décombres dans l’espoir de retrouver des survivants. Des dizaines de milliers de personnes déplacées attendent des abris, de la nourriture et des soins. Mais au-delà de l’urgence, une question hante les esprits. Pourquoi ce pays de l’Himalaya, dont les émissions de gaz à effet de serre restent infimes, se retrouve-t-il en première ligne du réchauffement? Tashi Lhazom, militante écologiste, parle d’un crime sans coupable. Selon elle, le Népal subit une injustice qu’il n’a pas provoquée.

Les scientifiques ne peuvent pas encore expliquer la défaillance précise du glacier qui s’est effondré en amont. En revanche, ils observent la fonte accélérée de toutes les glaces de la région, la plus vaste réserve du monde après les pôles. Deux études publiées en mars 2026 indiquent que la vitesse de disparition des glaciers himalayens a doublé en vingt ans. Dans ce contexte, une simple hausse d’un degré peut suffire à bouleverser des équilibres déjà fragiles. Saswata Sanyal, du Centre international pour le développement intégré de la montagne, basé à Katmandou, décrit une haute montagne où les dangers s’additionnent et se répondent. La catastrophe qui a frappé le district de Rasuwa ressemble à ces réactions en chaîne que les chercheurs redoutent.

Le glaciologue Tenzing Chogyal Sherpa ne mâche pas ses mots. Selon lui, les nations qui polluent le plus doivent enfin assumer leurs actes et rendre des comptes. Le gouvernement népalais suit la même ligne, avec moins de colère mais tout autant de fermeté. Il multiplie les appels à la communauté internationale pour obtenir de l’aide et une accélération des politiques climatiques. Le Premier ministre Balendra Shah veut que le pays fasse entendre sa voix fortement sur la scène mondiale. Son ministre des Affaires étrangères, Shisir Khanal, demande un soutien qui dépasse la charité humanitaire. Il plaide pour une vraie justice climatique, avec des systèmes d’alerte efficaces et un meilleur échange d’informations entre voisins.

De nombreux chercheurs pensent que ces drames ne sont qu’un début. Dhondup Wangmo, du Tibet Policy Institute, prévient que les catastrophes vont se reproduire, sans doute avec plus de violence. Rien n’indique un arrêt prochain, au contraire. En Inde, Rushati Das, de l’ONG Climate Action Network South Asia, voit aussi venir le danger. Elle rappelle que les montagnes ne gardent jamais leurs blessures pour elles. Ce qui survient dans l’Himalaya peut bouleverser les fleuves et les écosystèmes de toute l’Asie du Sud, jusqu’aux populations qui dépendent de ces eaux.

Dans son camp de fortune, Pemba Chhring Tamang ne pense pas encore à ces immenses bassins fluviaux. Il regarde les débris de sa maison et ne sait plus où se reconstruire. Il est né sur ces pentes, comme ses ancêtres, et cette terre était son seul trésor. Aujourd’hui, elle n’est plus qu’une plaie de boue et de gravats. Sa question reste posée, simple et terrible. Que fait-on quand la vie entière tient dans un village qui n’existe plus?

À lire aussi

Click to comment

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Les + Lus