Europe
L’Europe sort ses robots du labo et veut écrire la suite de la révolution industrielle
Quatre robots européens ont débarrassé une table de petit déjeuner sans aide humaine. Derrière la démonstration, un message adressé à la Chine et aux…


Quatre robots européens ont débarrassé une table de petit déjeuner sans aide humaine. Derrière la démonstration, un message adressé à la Chine et aux États-Unis.
Au Parlement européen, le service du matin a pris un air de laboratoire. En une dizaine de minutes, quatre robots conçus par des instituts de recherche français et allemands se sont coordonnés pour débarrasser une grande table de petit déjeuner. Un premier s’occupait des placards et passait l’éponge. Les autres mettaient le lait et le jus d’orange au frais, jetaient les emballages et chargeaient le lave-vaisselle. Leur allure paraît lente, parfois tâtonnante. C’est un choix, explique Serena Ivaldi, chercheuse à l’INRIA. Ces machines sont imaginées pour vivre au contact des humains, sans gestes brusques, et la précision l’emporte sur la rapidité.
Un peu plus loin, un bras articulé français démontait une batterie électrique en vue de son recyclage. Le robot quadrupède KYON, sorti de l’institut italien de technologie, pliait les pattes pour attraper un colis et le porter jusqu’à une personne. Et le robot nommé Transformer, né à l’ETH Zurich, a fait basculer l’assistance dans une autre dimension. Il se tient sur quatre membres, passe en un éclair sur deux jambes, redescend, monte des marches sans perdre l’équilibre. Des engins qui ressemblent à des prototypes futuristes, mais qui prouvent que l’Europe possède déjà de vraies pépites.
Cette mise en scène ne doit rien au hasard. Elle arrive au moment où les négociations sur le budget de l’Union européenne se jouent. La Chine, elle, mise à fond sur les robots humanoïdes et a multiplié les démonstrations lors des World Robot Games à Pékin. De l’autre côté de l’Atlantique, le groupe Hyundai crée l’enthousiasme autour de Boston Dynamics et de ses machines spectaculaires. L’Europe, riche de centres de recherche, de start-up et de groupes industriels, a du mal à transformer ses inventions en leaders mondiaux.
Le député européen Axel Voss voit un choix net. L’Europe peut regarder passer la prochaine révolution industrielle en spectatrice, ou décider d’en être l’architecte. Il pointe aussi le vrai point faible du continent. Les chercheurs inventent très bien, mais l’économie de l’innovation leur échappe souvent. Les capitaux partent vers les États-Unis ou la Chine, et des entreprises extérieures façonnent déjà le marché. Pedro Lima, professeur à Lisbonne, va dans le même sens. L’Europe a produit une recherche considérable, parfois récupérée avec succès ailleurs, mais la volonté politique et l’argent manquent.
Alin Albu-Schäffer, coordinateur du réseau européen euROBin, préfère regarder devant. Il rêve d’une Europe capable, dans dix ans, de bâtir un secteur robotique aussi puissant que son industrie automobile actuelle, avec un tiers du marché mondial des robots intelligents. Un objectif immense, alors que le budget communautaire se dessine maintenant. Mais les robots réunis à Bruxelles ont montré une chose simple. Les briques scientifiques existent déjà. Aux dirigeants de trouver la suite.
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