Planète
BepiColombo frappe à la porte de Mercure après un voyage hors norme
La sonde européo-japonaise entame la dernière ligne droite de sa mission. Une manœuvre à haut risque doit la placer en orbite autour de la planète la plus…


La sonde européo-japonaise entame la dernière ligne droite de sa mission. Une manœuvre à haut risque doit la placer en orbite autour de la planète la plus proche du Soleil.
Après huit ans de voyage et plus de dix milliards de kilomètres avalés, BepiColombo est enfin arrivée aux portes de Mercure. Lancé en 2018, l’engin a multiplié les survols de planètes pour ajuster sa course, mais le plus dur reste à faire. Ce jeudi commence une séquence très délicate, à des centaines de millions de kilomètres de toute assistance humaine.
La première étape consiste à larguer le module de transfert qui a poussé les deux sondes jusqu’ici. MPO et Mio, encore accrochées à ce module par quatre pieds mécaniques, devront être libérées en douceur. Un mécanisme à ressort les écartera à une vitesse de quelques centimètres par seconde. Tout se fera de manière autonome, car chaque commande envoyée depuis la Terre met plus de trente-deux minutes à parvenir. Autant dire que les équipes ne pourront pas corriger une erreur en direct.
L’inquiétude est palpable côté opérateurs. Mercure est un environnement extrême, avec des températures oscillant entre moins 180 et plus 450 degrés et un rayonnement solaire impitoyable. Les systèmes électriques, le contrôle thermique, la propulsion et la navigation n’ont jamais été testés dans ces conditions. Ignacio Tanco, responsable des opérations à l’ESA, résume l’ambiance, presque tout peut mal se passer. Il veut toutefois rester confiant, les équipes ont préparé des parades et gardent une certaine flexibilité pour réagir.
Une autre manoeuvre périlleuse attendra les équipes fin novembre ou début décembre, quand les deux sondes devront se séparer pour rejoindre leurs orbites respectives. À partir d’avril, la sonde européenne MPO frôlera Mercure à seulement 480 kilomètres d’altitude pour cartographier sa surface en très haute résolution. Sa compagne japonaise Mio suivra une orbite plus large et scrutera l’environnement spatial, en particulier son champ magnétique, une rareté pour une planète rocheuse.
Les scientifiques espèrent résoudre plusieurs énigmes avec les seize instruments de la mission. Mercure est étrangement dense et les relevés suggèrent la présence de glace d’eau dans ses cratères polaires, où le soleil ne pénètre jamais. Il y a aussi ces mystérieuses dépressions, les hollows, qui donnent l’impression que la surface est rongée de l’intérieur. Ce sont probablement des substances volatiles qui s’évaporent sous l’effet de la chaleur extrême. Comprendre ces phénomènes, c’est aussi éclairer la formation des planètes rocheuses comme la nôtre.
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