Europe
L’extrême droite allemande aux portes d’une victoire historique dans un Land de l’Est
Dimanche, la Saxe-Anhalt pourrait offrir à l’AfD sa première victoire régionale depuis 1945. Un revers cinglant pour le chancelier Friedrich Merz, dont la…


Dimanche, la Saxe-Anhalt pourrait offrir à l’AfD sa première victoire régionale depuis 1945. Un revers cinglant pour le chancelier Friedrich Merz, dont la coalition vacille déjà.
La Saxe-Anhalt retient son souffle. Dans cet ancien Land de RDA, l’Alternative pour l’Allemagne arrive largement en tête des intentions de vote avec 40 à 43% des voix, loin devant les conservateurs de Friedrich Merz et leurs 22 à 24%. Les électeurs de cette région de 2,1 millions d’habitants semblent prêts à envoyer un message clair à Berlin. Le parti antimigrants, russophile et proche de Donald Trump n’a jamais été aussi proche du pouvoir dans un Land. Et si la victoire se confirme, elle placerait le chancelier dans une position plus fragile encore qu’elle ne l’est déjà.
Pour Friedrich Merz, l’enjeu est doublement personnel. Il avait promis de faire chuter le score de l’AfD de moitié. Il risque au contraire de voir le parti d’extrême droite triompher. Selon plusieurs observateurs, les critiques internes à son camp vont s’intensifier, même si son éviction semble peu probable faute de successeur crédible. Ces derniers jours, le chancelier a multiplié les mises en garde, imaginant mal des investisseurs internationaux venir inaugurer une usine aux côtés d’un ministre-président de l’AfD. Une manière de rappeler que le risque n’est pas seulement politique, mais aussi économique.
En face, Ulrich Siegmund, 35 ans, incarne cette nouvelle génération de l’extrême droite allemande. Ancien patron d’une entreprise de parfums d’ambiance, il se déplace en véritable rockstar, distribuant selfies et dédicaces lors de ses meetings. Son programme séduit par sa radicalité simple. Suppression de l’obligation scolaire, durcissement de la politique migratoire, dénonciation des traités de l’audiovisuel public. Surtout, il joue sur un sentiment profond chez ses sympathisants. Une nostalgie de la RDA et la conviction d’être moins bien traités que les Allemands de l’Ouest ou les migrants. Son principal adversaire, le conservateur Sven Schulze, tente de parler franchement, mais il paie l’impopularité du gouvernement fédéral. Son style sobre et sans emphase n’y change rien.
Reste que remporter les élections ne suffit pas pour gouverner. Le système proportionnel allemand rend la majorité absolue très rare. Seule la Sarre est actuellement dirigée par un seul parti. L’AfD pourrait y parvenir si plusieurs petites formations échouent à dépasser les 5% nécessaires pour entrer au Parlement régional. C’est le cas des Libéraux ou du BSW, ce parti de gauche prorusse, donnés autour de 4%. Dans ce scénario, la barre à atteindre tomberait à 46% des suffrages. Une hypothèse mathématique, mais pas impossible.
À défaut de majorité absolue, les alliances se heurtent à un cordon sanitaire. Tous les partis ont jusqu’ici exclu de gouverner avec l’AfD, sauf le BSW, dont les membres restent divisés. Sven Schulze pourrait donc se maintenir en formant une coalition avec d’autres formations. Il pourrait aussi imiter ses voisins de Saxe et de Thuringe, où les conservateurs dirigent des gouvernements minoritaires avec le soutien de la gauche radicale. Mais cette stratégie fissure les conservateurs, de plus en plus nombreux à réclamer une approche pragmatique vis-à-vis de l’extrême droite. Maintenir l’AfD loin du pouvoir pourrait encore attiser les tensions dans le parti de Friedrich Merz.
En attendant, la Saxe-Anhalt se prépare à un week-end sous haute tension. Plusieurs manifestations s’annoncent et les renforts de police ont été réquisitionnés. La société, elle, semble déjà ailleurs. Anke Prellwitz, enseignante dans un lycée de la région, résume l’angoisse ambiante. Pour elle, même si l’AfD n’accède pas au pouvoir, elle continuera de diviser. En se posant en victime, elle nourrira un climat déjà très lourd. Peu importe le résultat final, prédit-elle, les mois à venir seront difficiles.
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