Planète
Et si la vraie solution pour les agriculteurs passait par nos assiettes ?
Des experts réunis au Bhoutan veulent repenser notre alimentation pour aider les paysans et protéger les sols. Leur leitmotiv, renouer le lien entre ceux…


Des experts réunis au Bhoutan veulent repenser notre alimentation pour aider les paysans et protéger les sols. Leur leitmotiv, renouer le lien entre ceux qui mangent et ceux qui cultivent.
Les paysans sont sous pression. Entre les dettes qui s’accumulent, des tempêtes plus violentes et une terre qui s’épuise, leur quotidien ne cesse de se durcir. Près de 40 % des sols de la planète sont déjà abîmés par les méthodes intensives, les produits chimiques et le dérèglement climatique. C’est pour imaginer des solutions que des cultivateurs, des scientifiques et des spécialistes du développement se sont donné rendez-vous au Bhoutan. Leur objectif, inventer des systèmes alimentaires dits conscients, c’est-à-dire capables de protéger l’environnement, les producteurs et les consommateurs, plutôt que de courir après les profits. Andrew Bovarnick, cadre du Programme des Nations unies pour le développement, plante le décor. Le système actuel provoque des dégâts écologiques énormes pendant que la faim continue de gagner du terrain. Le monde n’a jamais produit autant de nourriture, et pourtant il n’a jamais compté autant d’affamés. La technologie ne pourra pas tout régler, prévient cet expert qui y a longtemps cru. Il faut avant tout retrouver une autre relation à la nature.
Ashish Gupta connaît cette crise dans sa chair. Il cultive une petite parcelle dans l’Himachal Pradesh, au nord de l’Inde, au sein d’une coopérative. Pour les petits producteurs qui se lancent dans le bio, les circuits commerciaux sont impitoyables. Ces aliments paraissent plus chers au premier abord, mais l’agriculture industrielle fait payer un coût invisible à la planète et aux gens. Quand une inondation efface sa récolte, tout son village bascule dans une course à la survie. Les jeunes, eux, se désintéressent de plus en plus de ce métier. Ashish Gupta défend une autre voie. Des consommateurs qui posent des questions sur le visage de leur producteur, sur les gestes employés pour cultiver, voilà ce qui pourrait créer un vrai changement. Ce lien permettrait de payer un meilleur prix aux paysans et de redonner aux plus jeunes le goût de la terre, bien au-delà de l’argent. Sans cette prise de conscience, dit-il, rien ne bougera.
Cette philosophie s’essaie déjà à Paro, dans la partie ouest du Bhoutan. Des centaines de participants explorent des pratiques comme la marche méditative ou les repas pris en pleine conscience, une manière de renouer avec chaque saveur et chaque bouchée. Ils s’appuient aussi sur des expériences concrètes, comme celle d’un projet égyptien qui a accompagné 50 000 agriculteurs vers l’agriculture régénératrice, une méthode pensée pour restaurer des sols abîmés. Le Bhoutan semble un terrain idéal pour ces rencontres. Le royaume s’est engagé à laisser 60 % de ses terres couvertes de forêt et affiche déjà un bilan carbone négatif. Mais ses campagnes se vident. La main-d’œuvre agricole vieillit, les jeunes partent en ville ou tentent leur chance à l’étranger. Le ministre bhoutanais de l’Agriculture espère profiter de cette nature encore préservée pour vendre des produits haut de gamme, plus chers, et offrir enfin une vie digne aux paysans. Une manière de prouver que l’on peut nourrir les hommes sans détruire ceux qui les nourrissent.
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