Économie
Un nouveau géant de la presse régionale française est-il en train de naître ?
Le groupe belge Rossel, déjà propriétaire de La Voix du Nord, veut racheter le groupe Sud Ouest d’ici la fin de l’année. Un mariage qui pourrait créer le…


Le groupe belge Rossel, déjà propriétaire de La Voix du Nord, veut racheter le groupe Sud Ouest d’ici la fin de l’année. Un mariage qui pourrait créer le troisième acteur du secteur derrière Ouest-France et le groupe EBRA.
Les discussions entrent dans une phase décisive. Rossel, l’un des poids lourds de la presse belge francophone, a annoncé jeudi être entré en négociations exclusives avec les actionnaires du groupe Sud Ouest. Ce rachat, évalué à environ cent millions d’euros selon une source proche du dossier, donnerait naissance à un ensemble pesant plus de 400 millions d’euros de chiffre d’affaires cumulé. De quoi bousculer le classement de la presse quotidienne régionale, dominé par SIPA-Ouest-France et ses 525 millions d’euros, puis EBRA avec 479 millions.
Côté syndicats, la nouvelle n’a pas vraiment surpris. Le représentant du SNJ, seul syndicat de journalistes du groupe, raconte que les rumeurs allaient bon train depuis des mois. Plusieurs repreneurs potentiels étaient évoqués, dont Vincent Bolloré ou le groupe La Dépêche, et cela semait l’inquiétude dans les rédactions. Selon lui, les méthodes de ces candidats ne correspondaient pas aux valeurs de Sud Ouest. L’arrivée de Rossel est plutôt perçue comme une bonne nouvelle, car c’est un acteur professionnel du secteur, mais le syndicat prévient qu’il jugera sur pièces. Il attend au minimum un gel des suppressions de postes, car les équipes sont déjà réduites à l’os après des années de coupes. Il pousse aussi le futur repreneur à s’engager sur le réinvestissement dans les effectifs de journalistes.
Sud Ouest est un titre historique, diffusé à 164 000 exemplaires et fort de 700 salariés, dont 230 journalistes. Mais le journal a traversé plusieurs restructurations douloureuses, avec 81 départs en 2024 et un plan d’une cinquantaine de départs ou de non-remplacements d’ici 2028. Jean-Marie Charon, sociologue des médias, observe que ce titre est l’un de ceux qui ont le plus rogné dans leur rédaction, ce qui fragilise sa capacité à se renouveler. Il s’interroge aussi sur les moyens réels de Rossel, qui n’est pas un si gros groupe que cela, pour relancer une dynamique éditoriale.
Le groupe Sud Ouest ne se limite pas au quotidien phare. Il comprend la Sapeso, société éditrice de Sud Ouest, mais aussi d’autres titres comme Charente Libre ou La République des Pyrénées, ainsi que des activités dans l’événementiel et l’audiovisuel. Si l’entité éditrice du journal était déficitaire en 2025, le groupe dans son ensemble se dit rentable, avec près d’un tiers de ses revenus issus d’autres activités que le papier. La famille Lemoîne, descendante du fondateur Jacques Lemoîne, détient environ 80% du capital. Tristan Lemoîne, vice-président du conseil d’administration, évoque une décision lourde, prise à l’unanimité des actionnaires avec beaucoup d’émotion. Il souligne que Rossel est un actionnaire familial, solide et apolitique, qui n’intervient pas dans la ligne éditoriale de ses médias.
Les deux parties veulent boucler l’opération avant la fin de l’année, après consultation des représentants du personnel. Le PDG du groupe Sud Ouest, Olivier Cotinat, insiste sur la nécessité d’atteindre une taille critique pour faire face aux défis du secteur, notamment l’intelligence artificielle et la prédation des contenus. Il estime qu’il n’y a pas de doublons évidents ni de synergies géographiques entre les titres de Rossel et ceux de Sud Ouest, ce qui laisserait penser qu’aucune suppression de poste n’est programmée dans l’immédiat. De son côté, Bernard Marchant, administrateur délégué de Rossel, voit dans cette acquisition une nouvelle dimension qui permettrait de mutualiser les moyens et les expertises. Si le mariage aboutit, la France représenterait près de la moitié du chiffre d’affaires du groupe belge, qui possède déjà plusieurs quotidiens régionaux français et revendique 1 700 employés dans l’Hexagone.
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