Politique
Aucun gouvernement italien n’avait tenu aussi longtemps depuis 1945. Meloni en fait déjà un tremplin pour 2027
Giorgia Meloni vient de s’offrir une place à part dans l’histoire politique italienne. Ce record tombe à pic pour aborder l’échéance de 2027, même si le…


Giorgia Meloni vient de s’offrir une place à part dans l’histoire politique italienne. Ce record tombe à pic pour aborder l’échéance de 2027, même si le bilan est contesté.
Elle était déjà une pionnière. La voilà désormais en tête d’un classement très italien. Giorgia Meloni, première femme à diriger le gouvernement du pays, vient de battre un record de longévité. Aucun cabinet n’était resté en place aussi longtemps depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale. Silvio Berlusconi, figure majeure de la droite, avait certes cumulé près de dix ans au pouvoir, mais à travers quatre gouvernements séparés. La dirigeante de 49 ans, elle, tient depuis plus de trois ans et demi sans interruption.
Sa sœur Arianna Meloni, responsable du secrétariat politique de Fratelli d’Italia, a célébré le cap sur les réseaux sociaux. Pour elle, ces 1 413 jours ne se résument pas à des chiffres. C’est la preuve, affirme-t-elle, que l’Italie a retrouvé une vision et une crédibilité sur la scène internationale. Le parti d’extrême droite veut marquer le coup. Des milliers de supporters sont attendus à Bari, dans les Pouilles, et une brochure d’une trentaine de pages a été préparée pour vanter les succès de la majorité. Au menu, un million de personnes supplémentaires en emploi, un chômage ramené à 5,8%, vingt et un milliards d’euros d’impôts en moins pour les particuliers et une baisse de 80% des arrivées de migrants irréguliers.
Derrière cette image de tranquillité, la méthode est ferme. La coalition, qui réunit Fratelli d’Italia, la Ligue de Matteo Salvini et Forza Italia, a fait adopter environ 300 lois et décrets, souvent par la procédure de la question de confiance pour accélérer le vote. La plupart des textes portent sur la sécurité, au sens large. Ils visent les migrants, les passeurs, les mineurs délinquants, les participants à des rave parties et même les manifestants qui bloquent une route pour protester contre des licenciements. Des thèmes taillés pour un électorat de droite, que le gouvernement cherche visiblement à garder mobilisé.
Ce récit tout en réussites ne fait pas l’unanimité. Une économiste de l’université Luiss, à Rome, résume le paradoxe en une phrase. La stabilité, dit-elle, n’est qu’un instrument, pas une finalité. Or la croissance promise ne s’est jamais matérialisée, avec des prévisions gouvernementales autour de 0,6% pour 2026. D’autres voix critiques assurent que le réalisme affiché par Giorgia Meloni sert souvent d’excuse à l’immobilisme. La communication, accusent-elles, remplace trop souvent l’action. Le principal syndicat italien est encore plus direct. Son dirigeant égrène les motifs de mécontentement. Les salaires ne montent pas. L’essence coûte plus cher. La précarité gagne du terrain. Le système de santé s’affaiblit et l’accès à la retraite s’éloigne.
Reste que le bilan n’est pas négatif sur tous les plans. Même à gauche, on concède que les comptes publics ont été stabilisés et que le spread, cet écart de taux avec l’Allemagne, est passé de 233 points à moins de 80. Sur le dossier ukrainien, la cheffe du gouvernement maintient un soutien constant, malgré les réticences de son vice-premier ministre Matteo Salvini, qui refuse l’envoi d’armes à Kiev. Ce mélange de tenue internationale et de stabilité intérieure donne de l’élan à Meloni pour la suite.
Mais l’avenir reste ouvert. Il va falloir expliquer comment utiliser les mois qui viennent. Comment transformer la solidité apparente en avancées concrètes pour les Italiens. Les observateurs, eux, regardent déjà vers 2027, quand le pays devrait retourner aux urnes, probablement dès le mois d’avril. En attendant, le record est là, et il pèse lourd dans la balance politique.
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