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La psilocybine pourrait empêcher les dégâts nerveux provoqués par la chimiothérapie

La molécule active des champignons hallucinogènes semble protéger les nerfs des patients soignés pour un cancer. Une promesse qui demande encore à être…

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La psilocybine pourrait empêcher les dégâts nerveux provoqués par la chimiothérapie

La molécule active des champignons hallucinogènes semble protéger les nerfs des patients soignés pour un cancer. Une promesse qui demande encore à être validée chez l’humain.

Avaler une substance psychédélique avant de recevoir des anticancéreux. L’idée sonne comme une mauvaise blague, mais des chercheurs l’ont prise au sérieux. Leurs expériences, menées principalement sur des souris et des échantillons de tissus humains, suggèrent que la psilocybine peut bloquer la neuropathie périphérique, une complication nerveuse liée à la chimiothérapie.

Cette complication touche une immense majorité des malades. Environ trois quarts des personnes sous traitement subissent des engourdissements, des picotements ou des douleurs brûlantes. Pour un tiers d’entre elles, la douleur devient continue et permanente. Des difficultés à marcher peuvent également s’installer, parfois des mois ou des années après la fin des soins. Cette neuropathie ne gâche pas seulement la vie quotidienne. Elle force les oncologues à réduire, voire à arrêter, la chimiothérapie, ce qui peut compromettre directement les chances de survie.

La découverte de l’effet protecteur de la psilocybine doit beaucoup au hasard. Les chercheurs observaient la façon dont le cancer détourne le système nerveux des souris quand ils ont remarqué que la substance empêchait l’apparition des symptômes. Elle agit en protégeant les nerfs sensoriels et en maintenant le transport des mitochondries, ces organites qui fournissent l’énergie aux cellules. Car la chimiothérapie détruit les rails microscopiques qui permettent à cette énergie d’atteindre le bout des doigts et des pieds. Les terminaisons nerveuses meurent alors. La psilocybine semble enrayer ce processus.

Chez les rongeurs, deux doses de psilocybine avant le début du traitement suffisent à empêcher toute hypersensibilité douloureuse pendant six cycles complets de chimiothérapie. Le produit ne semble pas affaiblir les défenses immunitaires ni réduire l’action anti-tumorale. Et l’effet protecteur n’aurait rien à voir avec les hallucinations. Une variante non psychédélique de la molécule a donné des résultats équivalents en laboratoire.

Des spécialistes extérieurs aux travaux saluent une piste prometteuse. Mais il faudra des études sur l’humain pour vérifier qu’elle est réellement sûre et efficace. Un essai clinique doit démarrer à l’automne au centre de cancérologie MD Anderson de l’université du Texas, auprès de patients atteints d’un cancer. Ses résultats ne sont pas attendus avant plusieurs années.

En attendant, les auteurs mettent en garde contre toute automédication. La psilocybine reste une substance puissante, légale seulement dans une poignée d’États américains. Chez des patients déjà fragilisés par la maladie, elle risquerait d’aggraver les choses au lieu de les aider, prévient le psychiatre Gregory Jones, co-auteur de l’étude. Le chemin vers un usage médical est encore long.

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