Planète
Avant l’effondrement meurtrier de l’Himalaya, une chaleur jamais vue sur le glacier
Sur le glacier, le mercure a franchi un seuil jamais atteint depuis plus de cinquante ans. Ce n’est pas encore la preuve que la chaleur a provoqué la…


Sur le glacier, le mercure a franchi un seuil jamais atteint depuis plus de cinquante ans. Ce n’est pas encore la preuve que la chaleur a provoqué la catastrophe, mais c’est une piste sérieuse.
Le 26 août, un pan entier de montagne s’est effondré au Népal, entraînant des flots de roche et de glace qui ont provoqué des inondations dévastatrices aussi en Chine. Comment expliquer une telle rupture ? Une équipe de climatologues a reconstitué les températures locales dans les jours qui ont précédé le drame. Et leur conclusion interpelle. Jamais la zone du glacier, située à 5 200 mètres d’altitude, n’avait connu une telle chaleur pour une fin août.
Entre le 21 et le 26 août, la température moyenne a avoisiné 5 °C. Jusque-là, sur la même période, le mercure n’était jamais monté au-delà de 4 °C, et ce depuis plus de 55 ans de relevés. Ces données ultra-localisées ont été obtenues en croisant le modèle climatique européen Copernicus avec les mesures de quatorze stations météo perchées entre 9 et 140 kilomètres du glacier. La tendance de fond est elle aussi parlante. Depuis le milieu du XXe siècle, la température moyenne au point de rupture a grimpé d’environ 1,8 °C. Sans ce réchauffement d’origine humaine, un épisode aussi chaud serait un événement extrêmement rare, susceptible de ne survenir qu’une fois tous les quelques milliers d’années.
Cette chaleur pourrait avoir fragilisé la montagne de deux façons. D’abord en faisant fondre le pergélisol, cette couche de sol gelé qui agit comme un ciment de glace et assure la cohésion des parois rocheuses. Quand ce ciment se dégrade, les pentes deviennent instables. Ensuite en accélérant la fonte de la neige, comme l’ont montré les images satellites des jours précédant la catastrophe. L’eau liquide s’infiltre alors dans les fractures de la roche et peut faciliter les glissements. Les chercheurs estiment que ces conditions exceptionnelles peuvent expliquer l’effondrement combiné de la pente et du glacier, mais ils refusent l’idée d’une causalité trop simple.
« Une température élevée ne veut pas automatiquement dire effondrement », explique une spécialiste des mouvements de terrain. Pour agir comme déclencheur, la chaleur n’a pu le faire que parce que la masse rocheuse se trouvait déjà tout près de son point de rupture. Autrement dit, le réchauffement a fait basculer un équilibre déjà précaire. Les scientifiques scrutent maintenant les minuscules mouvements du massif au cours des années précédentes et tentent de voir comment ils interagissent avec les variations de température. La région du Langtang vient de vivre son quatrième été le plus chaud depuis 1970, derrière l’été record de 2024. Un signe que la montagne n’en a pas fini avec les effets de la chaleur.
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