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Le canal de Panama contraint de resserrer la vis à cause de la sécheresse
Face à un déficit d’eau record aggravé par El Niño, la voie maritime réduit déjà le passage des navires. Son administratrice prévient que de nouvelles…


Face à un déficit d’eau record aggravé par El Niño, la voie maritime réduit déjà le passage des navires. Son administratrice prévient que de nouvelles limitations pourraient tomber dès l’hiver.
Le canal de Panama traverse une période délicate. Cette voie longue de 80 kilomètres, qui relie l’Atlantique au Pacifique et transporte environ 5% du commerce mondial, a commencé à freiner le trafic dès le 15 septembre. Le nombre de passages quotidiens passe de 36 à 32. La raison tient en un mot, la sécheresse. Pour fonctionner, le canal dépend presque entièrement de l’eau de pluie stockée dans les lacs artificiels de Gatun et d’Alhajuela. Or leur niveau ne cesse de baisser. La saison sèche qui s’annonce pourrait être la plus intense jamais enregistrée.
Ilya Espino de Marotta, ingénieure de 64 ans et première femme à diriger cette infrastructure construite par les États-Unis en 1914, ne cache pas son inquiétude. Les restrictions imposées entre 2023 et 2024, dues aux effets d’El Niño renforcés par le changement climatique, avaient déjà coûté 2 700 passages de navires. Cette fois, elle espère éviter un scénario aussi sévère. Mais elle n’écarte pas une nouvelle baisse en février ou en mars. Le trafic pourrait alors tomber à 29 passages quotidiens, au lieu de retomber à 24 comme lors de la crise précédente.
L’impact se mesure aussi sur les navires eux-mêmes. Pour s’adapter au niveau réduit de l’eau, le canal diminue le tirant d’eau autorisé. Les bateaux doivent donc alléger leur chargement. Moins de passages et des cargaisons plus légères signifient moins de recettes. Pourtant, l’administratrice relativise l’effet sur le commerce international. Les armateurs peuvent ajuster leur navigation avec des bâtiments plus grands et mieux remplis, ce qui leur permet de réaliser des économies d’échelle. Quant aux États-Unis, principal utilisateur de la voie, une restriction de quelques mois ne devrait pas laisser de trace durable sur leur économie. En revanche, si la pénurie s’étalait sur cinq à sept ans, les conséquences seraient bien plus lourdes.
Reste la question de la confiance des clients. En 2024, le canal a vu les transporteurs de vrac quasiment disparaître. Ils sont finalement revenus, séduits par les avantages de cette route. Mais la marge de manœuvre est mince. Pour sécuriser l’avenir, Ilya Espino de Marotta mise sur un projet majeur, la construction d’un nouveau réservoir sur le Rio Indio. Ce lac artificiel doit permettre de stocker assez d’eau pour traverser les épisodes El Niño sans pénaliser ni le trafic maritime ni la consommation des habitants. Le chantier ne pourra toutefois pas être livré avant 2031, un délai qu’elle ne voit pas comment réduire. L’appel d’offres sera lancé en 2027, avec une clause prévoyant une récompense si l’entreprise retenue termine plus tôt que prévu. Le canal prévoit aussi d’investir dans un gazoduc et deux nouveaux ports pour diversifier ses activités.
Sur le plan diplomatique, la nouvelle administratrice se veut sereine. Elle espère maintenir des relations cordiales avec les États-Unis, comme c’est le cas depuis vingt-cinq ans. Mais le vrai ennemi n’est pas politique, il est climatique. Et toute l’ingénierie du monde ne pourra pas fabriquer de la pluie.
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