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La Serbie pleure Ratko Mladic, le général condamné pour génocide

L’ancien chef militaire serbe de Bosnie a été inhumé lundi à Belgrade sous les hommages d’une partie de son peuple. Retour sur le parcours d’un homme que…

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La Serbie pleure Ratko Mladic, le général condamné pour génocide

L’ancien chef militaire serbe de Bosnie a été inhumé lundi à Belgrade sous les hommages d’une partie de son peuple. Retour sur le parcours d’un homme que la justice internationale voyait comme la quintessence du mal.

Ratko Mladic n’est plus. L’ancien général serbe de Bosnie, décédé fin août à La Haye, a été enterré lundi à Belgrade. Une foule nombreuse a défilé dans l’église Saint-Luka où son cercueil était exposé. Certains portaient des tee-shirts à son effigie. Les obsèques ont provoqué la réprobation internationale.

Pour une partie de la communauté serbe, il reste un héros. Pour la justice internationale, il a incarné le mal absolu. L’ancien Haut-Commissaire de l’ONU aux droits de l’homme, Zeid Ra’ad al Hussein, avait employé ces mots à son sujet, la quintessence du mal. Condamné à la perpétuité en 2017 pour génocide et crimes contre l’humanité, il a vu sa peine confirmée en appel le 8 juin 2021. La guerre de Bosnie a fait quelque 100.000 morts entre 1992 et 1995. Dans ce conflit, le massacre de Srebrenica reste une plaie impossible à refermer. Environ 8.000 hommes et adolescents musulmans y ont perdu la vie. La justice internationale a qualifié ces tueries de génocide, les pires commises sur le sol européen depuis la Seconde Guerre mondiale.

Le parcours de Mladic commence en Bosnie. Orphelin d’un père tué par les oustachis pronazis, il veut devenir soldat très tôt. À 22 ans, il est l’un des plus jeunes officiers de l’armée yougoslave. Quand la guerre éclate, il combat les Croates puis rejoint la Bosnie. Sarajevo subit alors un siège de près de quatre ans. Plus de 10.000 habitants, dont plusieurs centaines d’enfants, sont tués par les tireurs embusqués et les obus qui pleuvent depuis les hauteurs tenues par ses hommes.

Devant le tribunal pénal international, il n’a jamais caché sa vision. « Je suis le général Mladic. J’ai défendu mon pays et mon peuple. » Il se voyait comme le protecteur des Serbes contre ceux qu’il appelait les « Turcs ». Beaucoup de Serbes de Bosnie partagent encore cette image d’un soldat paysan, amoureux de sa terre et respectueux des codes militaires. En janvier 2024, des supporteurs de football ont scandé son nom sur le pont de Visegrad. Quelques heures plus tard, à Banja Luka, l’évocation de son nom et de celui de Radovan Karadzic a été saluée par des applaudissements.

Sa vie bascule en 1994 quand sa fille Ana se suicide. Certains témoins disent qu’il est devenu plus brutal après ce drame, un an avant Srebrenica. Après l’accord de Dayton, il reste en Bosnie puis s’installe à Belgrade, protégé par l’armée. Officiellement recherché, il vit presque au grand jour. Il taille ses rosiers, va à la boulangerie, dîne au restaurant et assiste à des matchs de football. La chute de Slobodan Milosevic en 2000 change la donne.

Arrêté le 26 mai 2011 chez un cousin, dans un village du nord de la Serbie, il est livré à la justice. Cette arrestation met fin à seize ans de cavale. Avant son départ pour La Haye, il demande à se rendre sur la tombe de sa fille. Il finit sa vie en prison, vieil homme malade, jusqu’à sa mort en août. Lundi, ses partisans lui ont rendu un dernier hommage. Le pays reste divisé entre ceux qui voient en lui un criminel et ceux qui pleurent un héros.

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