Économie
Plus d’un milliard d’euros annoncé pour l’agriculture, la colère ne retombe pas
Les syndicats agricoles jugent cette aide bien trop petite après un été qui a asséché les campagnes. Ils réclament des milliards supplémentaires et…

Les syndicats agricoles jugent cette aide bien trop petite après un été qui a asséché les campagnes. Ils réclament des milliards supplémentaires et n’écartent pas des actions
Le gouvernement a mis plus d’un milliard d’euros sur la table pour aider les exploitations touchées par la sécheresse. Une somme que les syndicats agricoles estiment très loin du compte. Le secteur évalue ses pertes à dix milliards d’euros. Du côté de la FNSEA, premier syndicat agricole du pays, on considère qu’il aurait fallu au moins deux milliards pour répondre à la détresse. Hervé Lapie, secrétaire général du syndicat, rappelle qu’en 2021 le gel viticole avait déjà justifié un milliard d’aides pour un seul secteur. Cette fois, la sécheresse frappe à la fois les arboriculteurs, les maraîchers, les grandes cultures et les éleveurs.
Sans argent qui arrive rapidement, certaines fermes ne passeront pas l’année, prévient Hervé Lapie. Le syndicat n’écarte pas des actions pour se faire entendre. Une rencontre avec le Premier ministre est d’ailleurs prévue. Arnaud Rousseau, le président de la FNSEA, préfère pour sa part avancer avec prudence. Il salue l’effort du gouvernement mais souligne que ce qui est promis ne se réalise pas toujours sur le terrain. Son objectif est de travailler avec les préfets pour vérifier que les mesures aboutissent. Il l’assure, cette enveloppe n’est qu’une première étape et il faudra aller plus vite et plus loin, notamment lorsque le budget se prépare.
Les angles morts du dispositif sont nombreux. Les prêts bonifiés ou à taux zéro, essentiels pour financer le redémarrage des productions, ne sont pas au menu. Les éleveurs n’obtiennent pas non plus de réponse sur la manière d’évaluer leurs prairies détruites. Les Jeunes Agriculteurs, traditionnellement proches de la FNSEA, dénoncent un premier geste insuffisant pour une sécheresse qu’ils jugent sans précédent. Ils voient des réponses d’urgence, mais aucune stratégie pour la suite. Où sont les financements pour adapter les fermes, s’interrogent-ils? Où sont les investissements pour moderniser les bâtiments d’élevage éprouvés par les canicules? Le syndicat suggère de créer un impôt spécial, comme en 1976, afin de préparer le moyen terme.
La Confédération paysanne ne dit pas autre chose, mais en termes plus durs. Son porte-parole, Stéphane Galais, réclame entre deux et trois milliards d’euros, soit environ 5 000 euros par exploitation. Il estime que près de huit agriculteurs sur dix sont laissés pour compte. Pour lui, ce plan sonne comme un plan social. Les grosses fermes capables de tenir vont continuer à s’agrandir, pendant que les autres ferment. Or ces modèles d’agrandissement participent au dérèglement du climat, avec des haies qui disparaissent, des sols qui s’abîment et une utilisation croissante d’engrais et de pesticides chimiques.
La colère a une raison simple. Le monde agricole se trouve aux premières loges du changement climatique, et il attend des réponses sérieuses pour faire face aux dégâts déjà visibles. La Confédération paysanne appelle à la mobilisation. Les autres syndicats n’excluent pas d’y venir si l’aide ne change pas de dimension. Les annonces actuelles ne semblent pas avoir éteint le feu, ni dans les champs ni dans les esprits.
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