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Tony Gatlif s’en est allé sur les routes de la musique tzigane

Le réalisateur de Gadjo Dilo est mort à 77 ans à Arles, au cœur de la Camargue qu’il aimait tant. Il laisse une œuvre habitée par les cultures nomades, la…

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Tony Gatlif s'en est allé sur les routes de la musique tzigane

Le réalisateur de Gadjo Dilo est mort à 77 ans à Arles, au cœur de la Camargue qu’il aimait tant. Il laisse une œuvre habitée par les cultures nomades, la musique et la révolte.

C’est mercredi que Tony Gatlif s’est éteint, à Arles, non loin de cette Camargue qui l’avait sauvé. Sa famille l’a annoncé vendredi, évoquant un problème de santé et rappelant qu’il était en plein travail sur un projet de film historique. Ses proches lui ont souhaité un « Latcho Drom », une expression tzigane qui signifie simplement « bonne route ». Ils saluent la beauté de ses films, sa générosité, sa joie et son amour de la musique. De son côté, Romain Duris, l’acteur révélé dans Gadjo Dilo, lui a adressé un « Latcho Drom moro dad », bonne route mon père.

Sa vie ressemblait déjà à un film. Né en 1948 d’un père kabyle et d’une mère gitane, il a d’abord porté un autre nom, Michel Dahamani. Alors qu’il était enfant, un contrôle de police l’a poussé à se réinventer pour ne pas être renvoyé en Algérie. Il a volé le nom d’un parc d’Alger, le parc Gatlif. Placé en maison de correction, il a ensuite été envoyé en Camargue par décision de justice. Là, il a découvert le théâtre et l’acteur Michel Simon. Il racontait plus tard avoir mené une bataille contre sa propre destinée. Avant la Camargue, disait-il, il était violent, n’écoutait personne et voyait les adultes comme des ennemis. Ce territoire sauvage, entre Rhône et Méditerranée, l’a transformé parce que les gens lui parlaient avec respect, sans préjugé.

Cette terre est aussi profondément liée à la culture gitane. Chaque année, les pèlerinages des Saintes-Maries-de-la-Mer réunissent des milliers de personnes autour de Sara, dans un mélange de foi, de musiques et de traditions. Tony Gatlif n’a cessé de filmer cette culture. Du flamenco de Vengo aux sonorités tziganes des Princes, du rebétiko gréco-turc de Djam aux routes de l’exil dans Exils, ses films portent des récits profondément sociaux. Il a obtenu le prix de la mise en scène à Cannes en 2004 pour Exils, et deux César de la meilleure musique pour Gadjo Dilo et Vengo. Pour lui, la musique tzigane criait la peur et la douleur d’un peuple qui a mal à son âme. Son dernier long métrage, Ange, est sorti en 2025.

Les hommages disent la même chose. Gilles Jacob, ancien président du Festival de Cannes, retient une vingtaine de films chaleureux où la musique caracole. Catherine Pégard décrit un cinéaste qui aimait les chemins de traverse, les frontières qui s’effacent et les vies que l’on regarde trop peu. Le réalisateur filmait le mouvement, l’exil et la liberté avec une énergie unique. Un parcours contre le destin, marqué par la violence et l’errance, mais réparé par la rencontre, l’écoute et l’art.

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