Économie
Sans pétrole russe, la raffinerie géante de Schwedt vit au rythme des crises
Le site de Schwedt fournit l’essentiel du carburant de Berlin et de sa région. Depuis le conflit ukrainien, son approvisionnement tient du parcours…


Le site de Schwedt fournit l’essentiel du carburant de Berlin et de sa région. Depuis le conflit ukrainien, son approvisionnement tient du parcours d’obstacles entre sanctions et pressions russes.
Près de trois ans se sont écoulés depuis que le pétrole russe a cessé d’arriver à Schwedt. La plus grande raffinerie de l’est de l’Allemagne poursuit pourtant sa route, poussive, mais debout. Le site est immense, avec ses tuyaux et ses cuves alignés sur une surface grande comme mille deux cents terrains de football. Il fournit plus de 90 % de l’essence, du diesel, du kérosène et du fioul de Berlin et du Brandebourg. Derrière ces chiffres, il y a plus de six millions d’habitants qui dépendent directement de ce labyrinthe industriel. La moindre secousse ici se fait sentir très loin.
À la tête de l’usine, Ralf Schairer a connu l’époque bénie où tout roulait tout seul. Le brut arrivait de Russie par l’oléoduc Droujba, sans interruption. L’invasion de l’Ukraine par Moscou a tout fait voler en éclats. L’État allemand a mis la main sur le site, contrôlé à 54 % par Rosneft, la branche pétrolière du Kremlin. En février 2023, le brut russe a laissé place à du pétrole kazakh. Mais en mai 2026, la Russie a fermé le robinet en évoquant un problème technique. Le flux s’est brutalement tari.
La raffinerie a dû bricoler une solution de secours. Le pétrole arrive désormais par les ports de Rostock, côté allemand, et de Gdansk, en Pologne. L’idée est tenable, à condition de moderniser les infrastructures. Le chantier est chiffré aux alentours de 400 millions d’euros. Berlin s’est dit prêt à mettre la main au portefeuille. Bruxelles a opposé une fin de non-recevoir. En cause, la présence de Rosneft dans le capital. L’argent public allemand risque, selon l’UE, de profiter indirectement à la Russie. Le gouvernement allemand, lui, craint qu’une expropriation déclenche des représailles. Résultat, le dossier est au point mort et le patron de PCK soupire. On lui a promis beaucoup, il attend toujours.
Les salariés, eux, vivent dans l’angoisse du lendemain. Danny Ruthenberg, qui représente le personnel, raconte une inquiétude permanente. En octobre, les États-Unis ont frappé Rosneft avec de nouvelles sanctions. Berlin a obtenu une exemption pour ses filiales allemandes, mais l’onde de choc a quand même traversé l’Atlantique. Microsoft et Honeywell, qui fournissent leurs logiciels au site, ont annoncé leur départ. Les équipes ouvrent les journaux sans savoir ce qui va leur tomber dessus. Beaucoup de choses se décident en coulisses, regrette-t-il.
Ce climat complique aussi les projets d’avenir. Le site aimerait se lancer sérieusement dans les carburants verts fabriqués à partir d’hydrogène. Mais les actionnaires ne sont pas sur la même ligne. Shell, qui détient 37,5 % du capital, veut partir. Eni reste avec ses 8 %. Ces positions bancales freinent les investissements colossaux dont la transition aurait besoin. Et pour couronner le tout, un nouveau marché du carbone doit entrer en vigueur en 2028. Les raffineries devront payer des quotas pour les émissions produites par les automobilistes. Une charge de plus sur des épaules déjà bien chargées.
À Schwedt, la colère et la nostalgie progressent en parallèle. La maire Annekathrin Hoppe assiste à l’érosion de la confiance envers le gouvernement. Une partie de la population aimerait revenir aux jours heureux du pétrole russe. Ce terreau profite à l’AfD, le parti d’extrême droite, qui séduit de plus en plus à l’est du pays. Et si la guerre s’arrêtait, serait-il possible de renouer avec Moscou ? Pour la maire, l’heure n’est pas à l’optimisme. Trop de liens se sont brisés.
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